La Crise d’octobre : un aspect vécu

Xavier Gélinas

Chaque année, le mois d’octobre, avec ses jours plus froids et plus gris, rappelle les événements qui ont agité Montréal et le Canada en octobre 1970.

La tristement célèbre Crise d’octobre commence le 5 octobre 1970 lorsqu’une cellule du Front de libération du Québec (FLQ), un mouvement radical fondé en 1963, kidnappe l’attaché commercial du consulat de la Grande-Bretagne à Montréal, James Richard Cross. Le 10 octobre, une autre cellule du FLQ passe à l’attaque en enlevant le ministre québécois du Travail et de la Main-d’œuvre, Pierre Laporte. C’est du jamais vu au Canada. Les rumeurs foisonnent : est-ce le début d’une insurrection? Le Québec deviendra-t-il un nouveau Cuba, une nouvelle Irlande du Nord? L’armée canadienne est appelée en renfort aux forces policières épuisées.

Section sur le FLQ et la Crise d’octobre dans la salle de l’Histoire canadienne. Photo: Musée canadien de l’histoire, IMG2017-0043-0046-Dm.jpg

Section sur le FLQ et la Crise d’octobre dans la salle de l’Histoire canadienne. Photo : Musée canadien de l’histoire, IMG2017-0043-0046-Dm.jpg

Puis, le 16 octobre à l’aube, la gravissime Loi des mesures de guerre est invoquée par le gouvernement fédéral. Pour une première fois en temps de paix, les libertés civiles sont suspendues; environ 500 personnes seront ainsi arrêtées et détenues sans mandat. En réaction, le lendemain, les ravisseurs du ministre Laporte tuent leur prisonnier. Il s’agit du premier assassinat politique perpétré au Canada depuis le meurtre de Thomas D’Arcy McGee en 1868. Le diplomate Cross, quant à lui, sera heureusement libéré le 3 décembre.

Cette période est représentée dans la nouvelle salle de l’Histoire canadienne par des images, des textes, des documents audiovisuels et des artefacts. Pour donner un aspect humain, vécu, à cette crise, nous avons pu compter sur la collaboration enthousiaste de Robert Côté, ancien inspecteur-chef du Service de police de la Ville de Montréal, qui fut durant les années 1960 l’as des policiers anti-bombe.

Le sergent Robert Côté, à droite de la remorque anti-bombes de la police de Montréal, en 1968. Musée canadien de l’histoire, Archives photographiques, IMG2016-0278-0001-Dm, photographe inconnu.

Le sergent Robert Côté, à droite de la remorque anti-bombes de la police de Montréal, en 1968.
Musée canadien de l’histoire, Archives photographiques, IMG2016-0278-0001-Dm, photographe inconnu.

M. Côté, toujours jeune et dynamique à 80 ans, nous a généreusement donné une paire de pincettes, achetée pour quelques dollars dans une quincaillerie à l’époque, dont il s’est servi maintes fois pour désamorcer des bombes au péril de sa vie. C’est aussi à l’appui de Robert Côté que nous devons le prêt consenti par le Musée de la police de Montréal : une armure de type « Spooner » que notre policier donateur devait porter lorsqu’il s’approchait des bombes.

La Crise d’octobre a bouleversé toute une société et elle a conduit à des réflexions difficiles sur la violence, le projet indépendantiste, l’extrême-gauche ainsi que sur les pouvoirs de l’armée, de la police et du système judiciaire. Cela dit, cette crise a aussi été vécue personnellement, intimement, en chair et en os, par plusieurs intervenants : grâce aux souvenirs de M. Côté, la salle de l’Histoire canadienne permet d’évoquer cet aspect humain.

Pli Premier Jour à la mémoire de Pierre Laporte, Postes Canada, 1971. Musée canadien de l’histoire, Archives photographiques, IMG2016-0076-0001

Pli Premier Jour à la mémoire de Pierre Laporte, Postes Canada, 1971.
Musée canadien de l’histoire, Archives photographiques, IMG2016-0076-0001