L’arbre généalogique d’une Fille du roi bien enraciné

Sylvain Raymond

La nouvelle salle de l’Histoire canadienne raconte l’histoire du Canada, de l’arrivée des premiers humains à nos jours. Bien sûr, lorsqu’on s’apprête à présenter 15 000 ans d’histoire dans un espace de 4 000 mètres carrés (40 000 pieds carrés), on rencontre plusieurs défis. Cependant, comme l’explique Nathalie Rheault, spécialiste du développement créatif, ces défis nous poussent souvent à trouver des solutions plus inventives.

Nathalie Rheault et son équipe ont élaboré la galerie 1 – Les débuts du Canada, qui présente entre autres l’histoire de la Nouvelle-France. Elles se sont attachées à mettre en relief le rôle joué par les femmes dans la colonie, notamment le rôle crucial tenu par les Filles du roi.

En 1663, consciente de la prédominance de la population masculine en Nouvelle-France, la royauté française parraine quelque 800 jeunes femmes qui émigrent en Nouvelle-France pour se marier et fonder une famille. Après l’arrivée des Filles du roi, la population explose, passant d’environ 3 200 personnes en 1666 à près de 70 000 personnes un siècle plus tard. Ces femmes, grâce à qui la colonie a survécu, ont une place de choix dans le portrait de la Nouvelle-France que présente le Musée.

Mais comme l’indique l’historien Forrest Pass, en l’absence d’artefacts concernant ces femmes, comment le Musée devait‑il les représenter?

L’équipe a eu une idée. « Les femmes de la Nouvelle-France étaient très fertiles, explique Nathalie Rheault, elles avaient en moyenne onze enfants. Il était donc intéressant de témoigner de cette fertilité grâce à la généalogie, afin de montrer que ces femmes ont laissé un héritage important. En effet, la plupart des Canadiens français descendent de ces femmes. »

Forest Pass souligne que, grâce à l’Église catholique, nous possédons toujours des actes détaillés de baptême, de mariage et de décès en Nouvelle-France. Le Musée a engagé la généalogiste Marie Royal – qui a elle-même retracé ses propres racines jusqu’à une Fille du roi – pour effectuer des recherches sur quelques femmes. « Ses recherches approfondies nous ont beaucoup aidés, assure Forest Pass. C’était fascinant. » Mais comment le Musée devait‑il présenter les résultats?

À cette étape, l’équipe a été confrontée à un problème de taille… l’énorme colonne au milieu de la galerie 1. Bien sûr, la colonne pouvait jouer un rôle structural essentiel, mais elle risquait aussi de poser un gros problème dans l’organisation de l’exposition. Mais l’obstacle était-il si difficile à contourner?

Après mûre réflexion, l’équipe a eu une idée. Au lieu de penser à l’aménagement autour de la fameuse colonne, pourquoi ne pas tout simplement l’intégrer? L’équipe l’a ainsi transformée en arbre généalogique! On faisait ainsi d’une pierre deux coups : le problème de la colonne était résolu et les documents généalogiques presents.

C’est l’arbre généalogique de Catherine Moitié, une des premières Filles du roi à venir au Canada, que l’on a choisi de présenter. « Sa généalogie est remarquable », souligne Mme Rheault. Elle compte 11 enfants, 65 petits-enfants et 344 arrières petits-enfants. Tous sont représentés par le tronc, les branches ou les feuilles.

Catherine Moitié, comme les autres Filles du roi, ont joué un rôle crucial dans la survie de la Nouvelle-France. Il est donc tout à fait normal que la représentation de son héritage se dresse au centre de la zone dédiée à la Nouvelle-France. Pour ce qui est de la colonne, loin d’être un obstacle, elle est devenue certainement l’un des principaux attraits de la salle.

L’arbre généalogique de Catherine Moitié

Le nom de Catherine Moitié se trouve à la base du tronc, avec les noms de ses onze enfants inscrits sur des plaques de bois entourant le tronc de l’arbre. Les branches de métal saillantes représentent ses petits-enfants, et les noms de ses arrière-petits-enfants sont écrits sur des feuilles aux couleurs d’automne.

  • Claude Lamothe

    Si on s’était rendu jusqu’à aujourd’hui, j’aurais été une feuille de l’arbre car je suis un descendant de Catherine Moitié.