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IntroductionS'amuser en familleLiensCrédits
Le chemin de la démocratie

C'est Dracon qui fait le premier pas. Au début du VIIe siècle av. J.-C., Athènes et les environs de l'Attique sont gouvernés par la tradition, plutôt que par des lois. Si un membre d'une famille est tué (délibérément ou accidentellement), la famille doit se venger. Elle peut, par exemple, tuer un membre de la famille responsable ou obtenir de cette dernière une somme d'argent en dédommagement. (Il y a même des sanctuaires où les familles en danger peuvent se réfugier jusqu'à ce qu'on ait négocié la somme à payer.)

Dans ce système, les pauvres et les faibles sont défavorisés par rapport aux familles puissantes. Cette situation aboutit à de profonds bouleversements sociaux. Personne ne sait par quel processus Dracon a été choisi comme législateur, mais on lui demande d'intégrer des crimes et des châtiments à un ensemble de lois que tous doivent obéir. Il le fait pendant la 39e olympiade (entre 624 et 621 av. J.-C.). Pour la première fois, les Grecs ont la règle de droit comme guide, plutôt que la discrétion ou la préférence individuelles. Cela a pour effet de rendre l'État responsable de l'application de la loi, plutôt que la famille, et on a l'intention de l'appliquer également à tous, qu'ils soient riches ou pauvres.

Pour la première fois, on fait une distinction entre le meurtre et la mort accidentelle. Auparavant, on ne faisait aucune distinction, et la peine imposée était la même. (Même les choses pouvaient être punies. On raconte qu'une fois, une statue est tombée sur quelqu'un et l'a tué. Pour punir la statue, on l'a flagellée, puis on l'a jetée à la mer.)

Bien que justes, les lois de Dracon sont sévères. Des offenses qu'on considérerait comme mineures aujourd'hui sont passibles d'une peine de mort. Quelques générations plus tard, un orateur grec déplore que les lois de Dracon aient été écrites non pas avec de l'encre, mais avec du sang. Il y a aussi un problème majeur dont les lois ne tiennent pas compte : les personnes qui ne peuvent pas rembourser leurs dettes sont mises en prison ou réduites en esclavage. Il devient bientôt évident qu'il faut réexaminer et réviser les lois.

Le peuple confie cette tâche à Solon. Homme politique et poète, ce dernier est réputé pour sa sagesse. La plupart de ses écrits nous sont parvenus et nous donnent un aperçu de sa philosophie et de sa pensée. Solon se trouve devant un grand défi : aborder la question des injustices sociales, qui se sont aggravées au point où une guerre civile semble inévitable, et le faire sans aliéner les riches ni ceux qui sont criblés de dette.

Des réformes économiques s'imposent, et Solon en effectue. Il remet les dettes garanties par les terres ou la liberté individuelle, et il interdit ce genre de contrats. Il esquive la question de la redistribution des terres tout en offrant aux cultivateurs pauvres la possibilité d'un meilleur avenir. Les lois introduites par Dracon sont abolies et remplacées par un code de conduite plus humain qui s'applique aux questions de nature civile, criminelle et religieuse. Ces réformes seront la pierre angulaire du système juridique athénien pendant au moins trois siècles. On introduit de nouvelles normes applicables aux poids et mesures, à la monnaie et à d'autres instruments économiques. L'admissibilité à la fonction publique dépend de la richesse, plutôt que de l'extraction, et ceux qui contribuent le plus à l'économie ont plus de poids dans la gestion de cette dernière. Les citoyens ayant promis de ne pas toucher au système pendant dix ans, Solon part en voyage à l'étranger.

Une quinzaine de générations tirent profit des réformes juridiques de Solon, mais le système politique introduit par ce dernier ne lui survit pas. La question que Solon n'a pas réglée — la redistribution des terres — provoque une lutte acharnée pour le pouvoir économique entre les diverses factions. Un noble rusé appelé Pisistrate s'empare du pouvoir et instaure la dictature à Athènes. Il introduit la réforme agraire, règle d'autres problèmes économiques, fait d'importants travaux publics et est un grand protecteur des arts. Certains le qualifient de « tyran », mais l'expression « dictateur bienveillant » serait plus appropriée; durant son règne, il est considéré comme un dirigeant juste et humain qui a des principes.

Son fils Hippias ne s'en sort pas aussi bien, et on le retire du pouvoir. Clisthène, un aristocrate grec qui mérite d'être reconnu comme le père de la démocratie athénienne, lutte pour une participation accrue des citoyens à la vie politique d'Athènes. Il reconnaît que l'organisation traditionnelle de la ville, en tribus, est une source de conflits plutôt qu'une force unificatrice. Il réorganise les tribus, les divise et équilibre la représentation. Dès lors, les citoyens sont non seulement encouragés à participer à ce qu'on appellera plus tard la démocratie athénienne, ils sont obligés de le faire.

Le prochain grand homme d'État athénien sera Périclès. Il croit fermement qu'une société fonctionne le mieux quand tous ses citoyens sont libres et participent au gouvernement de l'État. Donc, en l'espace de 150 ans, le centre du pouvoir est transféré de l'aristocratie aux riches, puis au peuple. Bien que le style de gouvernement qui existe sous Périclès soit qualifié de démocratie, le grand historien grec Thucydide déclare : « C'était une démocratie en théorie, mais en fait, c'est devenu le gouvernement par le premier Athénien [Périclès]. » Périclès exprime le mieux son point de vue dans une oraison funèbre qu'il prononce en 430 av. J.-C., dont voici un extrait :

Notre système de gouvernement ne copie pas les systèmes de nos voisins : nous leur servons de modèle, plutôt que l'inverse. Notre constitution est une démocratie parce que le pouvoir n'est pas dans les mains de quelques-uns, mais du plus grand nombre. Nos lois garantissent à tous la même justice… pour ce qui est de l'élection des autorités publiques, nous apprécions le talent dans tous les domaines, et nos choix ne sont pas basés sur la classe, mais uniquement sur l'excellence… nous différons des autres États en ce que nous ne considérons pas l'homme qui reste à l'écart de la vie publique comme « privé », mais comme inutile… les signes et les symboles de nos pouvoirs sont effectivement grands… les hommes de l'avenir s'émerveilleront de nous, comme le font tous les hommes aujourd'hui…

La démocratie athénienne n'est pas du tout ce qu'on considérerait comme démocratique aujourd'hui. À l'époque, seuls certains habitants sont considérés comme des citoyens et ont le droit de vote. Puisque les femmes ne sont pas citoyennes, elles ne peuvent pas participer d'aucune façon. Les Grecs des autres cités qui vivent à Athènes sont également exclus, tout comme les étrangers et les nombreux esclaves. Dans une ville qui compte peut-être 300 000 habitants, moins de 40 000 hommes sont citoyens et participent à la nouvelle démocratie. Mais c'est quand même un pas géant vers l'instauration d'un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Pourquoi la démocratie a-t-elle vu le jour à Athènes? Les réponses à cette question varient. Selon certains, le sol ingrat (que Platon compare à un squelette osseux) y a joué un rôle. Un mythe grec raconte comment Zeus a attribué les terres du monde. Il a d'abord passé au tamis toute la terre et l'a distribuée au diverses nations. Les pierres, les cailloux et la terre desséchée sont restés dans le tamis. Zeus les a jetés par-dessus son épaule en disant : « Ça, c'est pour la Grèce. » Dans ces conditions, les gens ont dû se colleter avec la terre, et cela les a enhardis.

Selon d'autres, la mer était la source de l'indépendance, ou encore l'isolement des collectivités et le besoin de se faire entendre, quel que soit le résultat. Comme Périclès affirme : « Plutôt que de voir la discussion comme un entrave à l'action, nous pensons qu'elle est un prélude essentiel à toute action judicieuse. »

C'était fort probablement une combinaison unique de circonstances et de personnes qui ont concouru à la création d'un système de gouvernement fondé sur la contribution du peuple.