À la croisée des cultures 200 ans d'immigration au Canada (1800-2000)
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Les instruments de musique et l'histoire de l'immigration au Canada

L'histoire du Canada en tant que pays d'immigration s'est traduite par une nation riche en diversité culturelle et musicale. Depuis l'époque des premiers établissements au Canada jusqu'à nos jours, les immigrants ont apporté leur musique avec eux. Transplantées et cultivées sur cette terre nouvelle, ces traditions musicales ont connu un renouveau qui, souvent, a donné lieu à un style canadien distinctif.

La musique a joué des rôles importants dans les collectivités d'immigrants. Elle affirmait la solidarité de la collectivité et son identité culturelle, tout en maintenant un lien avec la mère patrie et le patrimoine, et en transmettant un savoir culturel aux générations montantes.

Les instruments qui ont accompagné les immigrants au Canada sont devenus des objets culturels importants pour ces personnes, ces familles et ces collectivités. Le Musée canadien des civilisations a réuni un grand nombre d'instruments de musique qui reflètent l'histoire de l'immigration au Canada et les traditions variées de la mosaïque ethnique canadienne. Le présent module mettra en valeur une sélection d'instruments, selon leur importance en tant que pratiques historiques et contemporaines dans les collectivités d'immigrants au Canada.

Immigration anglaise, écossaise, européenne, française et irlandaise (du XVIIe au XIXe siècle)

Un des instruments de musique les plus répandus au Canada, dès le début de l'immigration, est le violon. Ce petit instrument portatif polyvalent s'est implanté dans la vie musicale de toutes les couches de la société, depuis les bals officiels de l'administration coloniale et des officiers des garnisons militaires jusqu'aux chants et aux danses des négociants en fourrure, des fermiers et des pêcheurs. Les immigrants venus d'Allemagne, d'écosse, de France, de Grande-Bretagne et d'Irlande ont tous apporté au Canada leur répertoire et leur style de jeu. Le violon est devenu l'instrument de prédilection pour la musique de danse dans les communautés anglaises et françaises des XVIIe et XVIIIe siècles, et son utilisation s'est perpétuée dans ce contexte jusqu'aux années soixante, dans les milieux ruraux. Les « violoneux » ont une histoire ininterrompue au Canada et ils demeurent parmi nos traditions les plus solides.

Le violon [ci-dessus, à droite], de Lac St-Charles, au Québec, a été fabriqué au Canada entre 1875 et 1921.

En plus des styles de « violoneux » canadiens-français, écossais, métis et anglo-canadiens, les immigrants de plus fraîche date, venus d'Ukraine, de Pologne, de Roumanie, de Hongrie et d'autres régions d'Europe, ont aussi apporté leur style de violon, leurs instruments et leurs traditions. Un des violons les mieux décorés du Musée est le violon norvégien Hardanger [à gauche], fabriqué en 1928.

Le violon Hardanger se distingue d'un violon ordinaire, en partie par sa décoration, mais aussi par ses cordes sympathiques1 ajoutées pour la résonance, qui courent sous la touche. Chants folkloriques, danses et marches nuptiales composent son répertoire. Un grand nombre de Norvégiens ont immigré au Canada à la fin du XIXe siècle. Ils se sont établis surtout dans les Prairies et sur la côte de la Colombie-Britannique.

Parmi les autres instruments qui accompagnaient la danse dans les premières collectivités d'immigrants, mentionnons l'harmonica et l'accordéon à boutons. Outre son importance dans les traditions folkloriques canadiennes-françaises, l'accordéon à boutons s'est acquis une grande popularité à Terre-Neuve, où il était l'instrument de prédilection pour accompagner la danse.

La cornemuse, instrument de musique qui constitue peut-être le symbole par excellence de la culture musicale traditionnelle écossaise au Canada, est arrivée au Canada avec les premiers immigrants écossais qui se sont établis en Nouvelle-écosse et au Haut-Canada. La cornemuse était très utilisée comme instrument martial au XVIIIe siècle dans les régiments écossais de la Nouvelle-écosse et du Québec. La cornemuse était encore utilisée comme instrument de guerre au XXe siècle pour rallier les troupes sur le champ de bataille pendant les deux Guerres mondiales. L'instrument ci-dessous appartenait au cornemuseur-major Sam Scott, des Cameron Highlanders d'Ottawa, qui a joué de cette cornemuse pour les troupes canadiennes en France pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Les groupes de cornemuseurs demeurent florissants au Canada grâce à la formation d'orchestres civils et à la mise en place de compétitions locales, nationales et internationales de cornemuse.

Bien qu'au Canada, la cornemuse soit étroitement associée à l'écosse et à l'Irlande, elle est aussi présente dans la culture musicale des immigrants européens venus de Hongrie, de Tchécoslovaquie, de Roumanie, de Yougoslavie et de Pologne. La cornemuse polonaise ci-dessous, appelée koziol, est un instrument à soufflet de Wielkopolska. Elle accompagnait traditionnellement la danse.

Un autre exemple de cornemuse européenne est la zampogna, du sud de l'Italie ou de la Sicile. La zampogna était un instrument utilisé à l'extérieur lors de fêtes religieuses ou de célébrations civiques. Cet exemplaire a accompagné au Canada l'immigrant italien Michele Trozzolo, qui s'est établi à Toronto. Par la suite, ce dernier a appris à fabriquer lui-même des cornemuses et a vendu ses instruments en Amérique du Nord et à l'étranger, notamment en Italie.

Des immigrants de Pologne, d'Ukraine, de Hongrie et d'autres pays d'Europe de l'Est et de l'Ouest, ainsi que d'autres immigrants venus d'Asie, ont commencé à arriver en grand nombre à la fin du XIXe siècle. Ils ont apporté avec eux de nombreux instruments de musique nouveaux et une kyrielle de traditions.

Parmi les immigrants européens qui ont commencé à s'établir dans les Prairies à cette époque, les Ukrainiens étaient les plus nombreux. Au moment de la Première Guerre mondiale, 170 000 Ukrainiens s'étaient établis au Canada, la plupart dans des fermes en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba. Aujourd'hui, on compte plus d'un million de personnes d'origine ukrainienne au Canada, ce qui en fait le neuvième groupe ethnique en importance au pays. Au fil des ans, les nombreux conseils des arts ukrainiens, les troupes de danse et les organismes communautaires de partout au Canada ont contribué à perpétuer la culture traditionnelle ukrainienne au Canada.

L'instrument national de l'Ukraine est la bandura, luth au fût ovale peu profond, doté d'un manche court sans frettes et d'un grand nombre de cordes (jusqu'à 30) qui suivent le fût et le manche de l'instrument. La bandura accompagne le chant en solo ou en groupe. L'exemple à gauche a été fabriqué en 1962 en Ontario par M. Peter Stepowy.

Un des instruments ukrainiens les plus populaires, utilisé tant en solo que pour accompagner chants et danses : la tsymbaly (parfois aussi appelée cymbaly) un dulcimer à cordes frappées.

On retrouve des formes variées de ce dulcimer, avec des noms semblables, en Roumanie, en Grèce, en Pologne, en Hongrie et dans les pays baltes. En Hongrie, une forme de dulcimer de plus grandes dimensions, du nom de cimbalom, est souvent jouée en solo dans des concerts. L'exemple ci dessous comporte 35 séries2 de cordes.

Outre les Européens qui se sont établis dans les prairies canadiennes à la fin du XIXe siècle, des immigrants venus d'Islande se sont installés autour du lac Winnipeg, où ils ont constitué une colonie autonome appelée « Nouvelle-Islande », près de Gimli, au Manitoba. Le langspil islandais ci-dessous a été fabriqué peu après 1900 par Benedikt Arason, un fermier qui habitait au sud de Gimli. C'est une cithare à frettes courbée, à deux cordes, dotée d'une caisse de résonance rectangulaire en bois tendre et d'une volute en bois dur. Bien que souvent remplacé par le violon, le langspil, qui symbolise la culture traditionnelle islandaise, est toujours apprécié des Canadiens d'origine islandaise.

Un grand nombre de cithares à cordes pincées provenant des pays riverains de la mer Baltique sont parvenues au Canada (et au Musée). L'immigration en provenance de ces régions (Lithuanie, Lettonie et Estonie, entre autres) a commencé au début du XXe siècle. Elle a culminé après la Deuxième Guerre mondiale, au moment où les pays baltes ont été absorbés dans l'Union Soviétique. Les cithares à cordes pincées sont des instruments polyvalents que l'on peut jouer en solo ou pour accompagner des chanteurs ou d'autres instruments. Les petites cithares comme celle-ci se transportaient facilement depuis la mère patrie. Parfois, des artisans talentueux les fabriquaient ici, au Canada. Cette merveilleuse kokle de Lettonie [ci-dessus], par exemple, est en érable du Canada et sa table d'harmonie est en épinette. Elle comporte 13 cordes de métal et est ornée de magnifiques sculptures. Dans le folklore letton, le kokle, doté de pouvoirs magiques, peut charmer tous les animaux.

Un instrument voisin est le kankles de Lithuanie. Celui-ci [ci-dessous], fabriqué par V. Kulpavicius, compte 18 cordes de métal et est orné de motifs floraux et géométriques.

Enfin, ce kannel estonien [ci-dessus], avec table d'harmonie à cadre de chêne et en contreplaqué, compte 46 cordes et date de la fin des années trente ou du début des années quarante.

Immigration asiatique au Canada : Chine, Japon, Asie du Sud, Corée et Vietnam (de la fin du XIXe siècle à la fin du XXe siècle)

En plus des Européens, la vague d'immigration au Canada à la fin du XIXe siècle comprenait également des Asiatiques. Les Chinois, venus comme travailleurs itinérants, ont d'abord été employés dans les champs aurifères de la vallée du Fraser. Par la suite, ils ont travaillé à la construction du chemin de fer transcontinental, dans les années 1880. Près de 17 000 travailleurs chinois ont immigré au Canada pendant cette période. La plupart se sont établis dans la vallée du Fraser et dans la région de Cariboo, en Colombie-Britannique. Aujourd'hui, plus d'un million de personnes d'origine chinoise habitent au Canada. Elles sont concentrées surtout dans les grands centres urbains de l'Ontario, de la Colombie-Britannique et de l'Alberta.

Depuis le tout début de l'établissement des Chinois au Canada, la musique joue un rôle social important dans les communautés canadiennes d'origine chinoise. Tout en offrant un divertissement bien nécessaire, un lien avec la patrie et un contexte de socialisation, beaucoup de sociétés et de clubs musicaux recueillaient des fonds pour l'aide sociale au Canada et en Chine. L'opéra cantonais, un art populaire plutôt qu'élitiste, s'est implanté au cœur de cette activité. Dans les années 1870, ont trouvait déjà trois sociétés d'opéra cantonais à Victoria (C.-B.). Des compagnies d'opéra comme celles-ci sont toujours très actives. Elles se produisent dans le cadre d'activités communautaires et constituent autant d'occasions de présentations multiculturelles pour l'ensemble de la société non asiatique.

Les ensembles instrumentaux de l'opéra cantonais comportent divers instruments à cordes, à percussion et à vent. En voici certains ci-après.

Huqin est un vocable générique pour le violon chinois. La plupart des huqin ont deux cordes et l'archet est inséré entre les cordes. Les divers types d'opéra chinois en utilisent de nombreuses variétés, dont le gaohu, fabriqué en bambou avec une caisse de résonance tubulaire, et l'erhu, version de plus grandes dimensions en bois dur, à caisse de résonance parfois hexagonale et parfois octogonale.

La dizi, aussi appelée di, est une flûte traversière faite d'un simple tube de bambou. Il en existe de nombreuses tailles et variétés en Chine.

Le yangqin est un dulcimer à cordes frappées, adapté du santur du Moyen-Orient. Il a été introduit en Chine à l'époque de la dynastie Ming. Il est de forme trapézoïdale et on le joue avec des baquettes légères en bambou. Le yangqin est particulièrement populaire dans les ensembles cantonais.

Gongs et cymbales sont des éléments essentiels de toutes les formes d'opéra chinois. Les luo sont des gongs peu profonds, en laiton ou en bronze, qui changent de tonie quand on les frappe. Les luo plus gros descendent en tonie. Les plus petits montent. Les cymbales (po) prennent souvent la forme d'un ornement en forme de bol.

Luo

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Po

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Le yueqin est un luth à cordes pincées, avec un manche court et un fût circulaire en bois. La traduction littérale de son nom est « qin lunaire », du fait de sa grande forme circulaire. Quatre cordes en deux séries doubles sont accordées au cinquième. On colle entre 8 et 12 frettes de bambou sur le manche et le haut de la table d'harmonie. L'exemplaire à gauche a été apporté de Chine au Canada en 1900.

Pour la présentation des opéras cantonais au Canada et en Chine, les ensembles utilisent également certains instruments occidentaux, notamment le violon et le saxophone.

Les Japonais ont, eux aussi, commencé à immigrer au Canada au XIXe siècle. En 1900, on en comptait plus de 4 000 en Colombie-Britannique. Ils travaillaient comme ouvriers, pêcheurs et fermiers. Selon le recensement de 2001 au Canada, plus de 85 000 personnes d'origine japonaise habitent maintenant au Canada, pour la plupart en Colombie-Britannique et en Ontario. En plus de la tradition très visible des tambours taiko, devenue populaire partout au pays au cours des dernières décennies, on connaît, on enseigne et on voit des instruments traditionnels, tels que shakuhachi, koto et shamisen, dans des performances contemporaines présentées dans des villes partout au Canada.

La shakuhachi est une flûte de bambou à encoche et à embout d'insufflation. Sa construction est simple, mais il est difficile d'en jouer. Au Japon, on l'utilise pour divers types de musique, mais on l'associe souvent au bouddhisme zen parce que les prêtres bouddhistes (kumoso) itinérants l'utilisaient au XVIIIe siècle. à cette époque, un répertoire solo a été créé pour favoriser la méditation. Ce répertoire demeure populaire aujourd'hui, bien que la shakuhachi ne soit plus considérée exclusivement (ni même principalement) comme un instrument religieux.

Le koto, longue cithare à cordes pincées, est un autre instrument traditionnel japonais dont la visibilité est importante au Canada. Des organisations comme le Koto Ensemble of Greater Vancouver, fondé à la fin des années cinquante, ont contribué au regain de popularité de la musique et de la culture traditionnelles japonaises, principalement sur la côte Ouest du Canada. Normalement, le koto se trouve sur le sol et l'interprète s'agenouille devant l'instrument pour en jouer. On pince ses 13 cordes avec la main droite, tandis que la main gauche appuie sur les cordes pour en modifier la tonalité.

Autrefois un instrument d'élite au Japon, le koto s'est répandu dans les classes moyennes pendant la période Tokugawa et, au XIXe siècle, on en trouvait dans les maisons privées dans tout le Japon. C'est un instrument que peuvent jouer aussi bien les hommes que les femmes.

Les Asiatiques du Sud3 composent la deuxième population d'immigrants asiatiques en importance au Canada, après les Chinois. La plupart sont arrivés au Canada après la Deuxième Guerre mondiale pour répondre à la demande accrue de main-d'œuvre et après l'abolition des lois discriminatoires à l'endroit des Asiatiques. Aujourd'hui, plus de 700 000 personnes originaires de l'Asie du Sud habitent au Canada. Les populations les plus importantes sont concentrées dans les villes de l'Ontario et de la Colombie-Britannique.

Au Canada, les Asiatiques du Sud ont conservé leurs traditions de musique et de danse classique. Ils ont établi des écoles et des groupes dans les principales villes du pays. Un bon nombre de talentueux interprètes de cette musique vivent au Canada et on peut assister toute l'année à un grand nombre de représentations de musique et de danses hindustani et karnatik dans les grandes villes canadiennes.

L'instrument de musique peut-être le plus connu de l'Hindustani (nord de l'Inde) est le sitar. Il s'agit d'un luth à cordes pincées doté d'un long manche fixé sur une gourde creuse qui sert de caisse de résonance. Cet instrument compte quatre cordes mélodiques, trois cordes bourdons utilisées pour le rythme et entre 12 et 20 cordes sympathiques qu'on laisse vibrer librement. On place sur le manche environ 19 frettes mobiles et ajustables, selon la raga.

Un instrument voisin est la vina, très répandue dans la musique karnatik (sud de l'Inde). La vina, aussi appelée « Saraswati Vina » est un des instruments les plus anciens de l'Inde. On en trouve des ancêtres dans des bas-reliefs de temples des VIe et VIIe siècles. La vina remonterait en fait à l'époque du Natyasastra (traité majeur de musique datant du IIe siècle avant notre ère au IIe siècle après J.-C.). Cet instrument est très semblable à la cithare, mais n'a pas de cordes d'accompagnement et est tout en bois. Ses 24 frettes sont fixées dans la cire et on tient l'instrument en position semi-horizontale pour en jouer. Le manche de l'instrument ci-dessous se termine en tête de dragon sculptée, autrefois recouverte de feuilles d'or. La gourde d'équilibre, au sommet de l'instrument, est magnifiquement décorée.

Un autre instrument solo répandu dans la culture hindustani est le sarod. Contrairement au sitar, cet instrument n'a pas de frettes. La touche est recouverte d'une feuille de métal lisse, et l'interprète glisse son doigt le long de la surface lisse de la touche pour produire les glissades et transitions nécessaires à la tonie. L'instrument ci-dessus date de 100 à 200 ans et tire son origine du rabab afghan. Il compte quatre ou cinq cordes métalliques pour jouer, entre trois et cinq cordes d'accompagnement et de rythme et de 11 à 16 cordes sympathiques.

Les musiques classiques d'Asie du Sud ont normalement trois composantes : la mélodie, l'accompagnement et le rythme. L'instrument d'accompagnement le plus répandu, utilisé dans les musiques hindustani et karnatik, est le tambura (aussi appelé tanpura). Il s'agit d'un grand luth à cordes pincées, d'environ 3-1/2 à 5 pieds de long. La partie la plus longue est le manche creux, qui se termine sur une grosse gourde en forme de bol couverte d'un morceau de bois. Le tambura compte quatre cordes accordées à des tonies importantes de la raga. On le tient verticalement et on en joue continuellement avec les doigts pendant l'interprétation pour assurer l'accompagnement.

Le mrdangam est un tambour tonneau à double peau utilisé dans la musique karnatik. Il est fait de bois et des peaux produisent le tala, cadre rythmique de la musique.

Un tambour semblable, en forme de tonneau, est utilisé dans certaines cultures musicales hindustani. On l'appelle le pakawaj. Cependant, l'instrument à percussion le plus répandu dans la musique du nord de l'Inde est le tabla. Il s'agit en fait d'une paire de tambours que l'on joue avec les mains (une main par tambour). Le tambour de bois, à la tonie plus haute, s'appelle le dahina (aussi daya) et le tambour de métal qui assure les basses porte le nom de baya. Le tabla est utilisé pour de nombreuses formes musicales. Il accompagne les instruments et les voix, les danses kathak et la musique pieuse. Ces dernières années, le tabla a pris de l'importance comme instrument solo et joue un rôle dans les ensembles mixtes de musiques du monde.

Les Coréens sont arrivés au Canada après les Asiatiques du Sud, les Chinois et les Japonais. Le plus gros de l'immigration coréenne s'est produit dans les décennies qui ont suivi la guerre de Corée (1950-1953). Aujourd'hui, le Canada compte environ 101 000 habitants d'origine coréenne, dont plus de la moitié vivent en Ontario.

Le musée possède divers instruments traditionnels coréens merveilleusement décorés. Le plus important d'entre eux, dans la culture coréenne, pourrait bien être le changgo. Semblable au tzuzumi japonais, le changgo est un tambour à double peau, en forme de sablier. Il est le principal instrument à percussion dans la musique coréenne. Le fût est creux, fabriqué d'un seul tenant en bois habituellement peint et parfois décoré. Ses deux peaux circulaires sont montées sur des anneaux de métal lacés ensemble à travers le fût du tambour.

On place habituellement le changgo à l'horizontale, devant le joueur, qui est assis. La main ouverte du joueur frappe la peau de gauche. Le joueur utilise une baguette de bambou pour frapper la peau de droite, ce qui produit des timbres différents. Le tambour est utilisé dans les musiques de cour et les musiques folkloriques. Il a son propre répertoire solo dans les samullori, un ensemble récent composé entièrement d'instruments à percussion.

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, beaucoup d'immigrants sont arrivés au Canada comme réfugiés pour fuir les troubles politiques dans leur pays. Le conflit dans le Sud-Est asiatique, qui a culminé dans les années soixante-dix, a incité beaucoup de citoyens du Vietnam, du Cambodge et du Laos à quitter leur pays pour s'établir dans des pays occidentaux, dont le Canada. Entre 1979 et 1991, plus de 140 000 Vietnamiens se sont réfugiés au Canada. Plus de 40 p. 100 d'entre eux se sont établis en Ontario, mais il existe des populations importantes au Québec, en Colombie-Britannique et en Alberta.

Un des principaux instruments traditionnels du Vietnam est le dàn dáy, un luth à cordes pincées qui n'existerait qu'au Vietnam. Son fût est trapézoïdal, il a trois cordes, des frettes hautes et un très long manche. Il sert à accompagner des chanteurs. Autrefois, seuls les hommes en jouaient. Le dàn dáy est considéré comme un instrument puissant remis aux humains par les esprits immortels.

Le deuxième dàn dáy des collections du Musée illustre comment les instruments traditionnels peuvent être adaptés pour répondre à de nouveaux besoins dans de nouveaux contextes. Dans ce cas, l'instrument a été modifié par l'ajout de prises électriques pour mieux l'adapter au répertoire populaire.

Immigration arabe, africaine et antillaise

Oud

Agrandir l'imageOud

L'immigration en provenance des pays arabes du Moyen-Orient a commencé à la fin du XIXe siècle, mais elle est stable seulement depuis les années soixante. La plupart des immigrants arabes se sont établis dans les grands centres urbains, comme Montréal, Toronto et Ottawa. Dans ces villes, des organismes communautaires et des groupes font souvent la promotion de la musique et de la danse traditionnelles. Deux instruments traditionnels bien connus et répandus dans tout le Moyen-Orient sont l'oud et le darabukka.

L'oud (aussi appelé « ud ») est un luth à cordes pincées à manche court, l'ancêtre du luth européen. Sa caisse bombée et son dos arrondi sont faits de lanières ou « éclisses » de bois dur. Les trois rosaces sur la surface plate de la caisse sont très décoratives. On trouve le plus souvent cinq séries de cordes, mais d'autres configurations sont aussi possibles. L'instrument à gauche est un « ud arbi » de Tunisie. Il a une caisse étroite et une table d'harmonie en chêne. L'oud est un instrument important de la musique classique tunisienne. On l'utilise dans la nouba, suite de musique instrumentale et vocale.

Le darabukka est un tambour à peau simple en forme de gobelet, commun à la plupart des pays du Moyen-Orient. Il est fait de bois, de métal ou de poterie. En général, on le tient sur la jambe ou la hanche et on en joue avec les deux mains. Traditionnellement, la peau vient d'un animal, mais de nos jours, beaucoup de darabukkas ont des peaux de mylar ou de plastique, plus faciles à accorder, qui conservent leur tonie malgré les variations d'humidité et de température. On l'utilise dans les musiques classique et traditionnelle. L'instrument ci-dessous est un darabukka en céramique provenant d'égypte.

Ces darabukka en grès [ci-dessus, à droite] sont fabriqués au Canada par Tony Bloom, de Canmore, et Martin Breton, du Québec

Les immigrants africains au Canada étaient peu nombreux avant les importantes vagues d'immigrants venus ces dernières années de pays de l'Afrique francophone pour commencer à s'établir au Québec. Dans la culture francophone globale, les musiques de ces pays africains ont trouvé un foyer au sein de la société québécoise et prennent souvent la vedette dans les nombreux concerts publics présentés à longueur d'année, notamment dans le cadre de « Nuits d'Afrique », « Rhythmes du monde », « Vues d'Afrique » et du Festival du jazz de Montréal, en plus des spectacles réguliers dans des boîtes comme le Balatou.

Parmi les nombreux instruments traditionnels apportés au Canada de ces pays africains figure la kora. La kora est un instrument acoustique à 21 cordes, que l'on joue un peu comme une harpe. La caisse de la kora est composée de la moitié d'une grosse calebasse couverte de cuir de vache est transpercée d'une longue tige de bois qui sert de manche et de cordier. On ajuste les cordes de la kora à ce manche au moyen de lanières de cuir. Autrefois faites de peaux d'antilope tressées, les cordes de la kora sont maintenant en nylon (généralement du fil de pêche). Elles sont donc plus durables et produisent un son plus brillant. Dans une kora, il faut porter une attention particulière au type de cordes, à la qualité du cuir et de la gourde. Les koras sont les instruments des griots, ces chanteurs instrumentalistes et artistes professionnels de la parole, dont l'art se transmettait de façon héréditaire et qui travaillaient pour les rois. Ils ont joué un rôle essentiel dans la préservation des histoires orales et des généalogies de leurs pays. Un bon nombre de griots du Mali et d'autres pays d'Afrique de l'Ouest se sont établis au Québec, où leur façon de jouer de la kora continue d'évoluer dans d'autres directions.

Près de 400 000 immigrants des Caraïbes habitent au Canada. La vaste majorité d'entre eux viennent de pays anglophones, soit la Jamaïque, Trinidad et Tobago, la Barbade et le Guyana. Les communautés les plus importantes se trouvent en Ontario, surtout dans les villes de London, Toronto et Kingston. La musique des Caraïbes a une forte présence au Canada, particulièrement à Toronto. Le populaire festival « Caribana », le plus gros parmi les nombreux carnavals célébrés au Canada, attire environ un million de visiteurs et de résidants chaque année

Un des ensembles instrumentaux les plus distinctifs et les mieux connus des Caraïbes est l'ensemble de tambours métalliques, de Trinidad. Associé au carnaval à Trinidad, le tambour d'acier figure depuis peu au programme des écoles élémentaires de Toronto, ce qui illustre la façon dont des instruments associés à un pays et à un groupe ethnique donnés s'inscrivent dans la société canadienne.

Conclusion

Les instruments présentés ici témoignent de l'histoire longue et variée de l'immigration au Canada. En tant que précieux artefacts, les instruments et la musique qu'on en tire ont joué des rôles des plus importants dans les communautés d'immigrants. Ils ont permis aux immigrants de se rappeler leur patrimoine culturel (ou, pour les jeunes générations, de le connaître), de réaffirmer et d'établir leur identité culturelle et de la communiquer aux autres, tout en resserrant les liens de solidarité dans la communauté.

Ces instruments peuvent aussi assumer de nouveaux rôles à l'extérieur de la communauté des immigrants, tandis qu'ils passent dans la culture musicale du Canada, voire du monde. En tant que véhicules de communication, les instruments de musique continueront de revêtir une importance sociale et culturelle pour toutes les communautés canadiennes.

Notes

1 Les cordes sympathiques résonnent parallèlement aux cordes principales, mais on ne joue pas directement sur elles.
2 Une « série » de cordes représente deux cordes parallèles jouées ensemble et habituellement accordée en octaves ou à l’unisson.
3 L’Asie du Sud désigne les pays d’Asie situés au sud de l’Himalaya, dont le Bangladesh, le Territoire britannique de l'océan Indien, le Bhutan, l’Inde, les Maldives, le Pakistan et le Sri Lanka.

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