Conteur

Mary Kendi

Mary Kendi

Mary Kendi, 94 ans, à l’atelier sur les légendes gwich'ines offert par l’Institut social et culturel gwich’in, Aklavik (Territoires du Nord-Ouest), 2010.
Photo : Mary Ann Ross © Gwich’in Tribal Council

Artefact connexe

Mary Kendi

Mary Kendi est née le 4 mars 1915 pendant la chasse au rat musqué du printemps, sur le chenal Pokiak (près du village actuel d’Aklavik), dans les Territoires du Nord-Ouest. Ses parents étaient Paul Koe et Elizabeth Vittrekwa. À l’époque, il y avait seulement des postes de traite dans la région et, comme Mary expliquerait plus tard, les Gwich’ins ne vivaient pas dans le delta toute l’année, comme ils le font aujourd’hui.

Mary a passé son enfance dans le delta, à Fort McPherson et à Nagwichootshik, village situé à l’embouchure de la rivière Peel. La pêche était bonne, et il y avait beaucoup de canards et d’animaux à fourrure dans la région. La principale cabane de sa famille s’y trouvait, et ils pratiquaient la chasse dans les montagnes, se déplaçant aussi loin que la chaîne Ogilvie, au sud.

À l’âge de six ans, Mary a été envoyée à un pensionnat à Hay River. Pour s’y rendre, elle a remonté le fleuve Mackenzie en bateau à vapeur. Elle était l’un des 22 enfants qui quittaient Fort McPherson, et quand ils sont arrivés à Tsiigehtchic, plus d’enfants ont embarqué. Nombre d’entre eux pleuraient parce que leurs parents leur manquaient. Certains de ces enfants sont restés à l’école pendant des périodes allant jusqu’à cinq ans sans voir leurs parents. Mary est rentrée après trois ans parce que son oncle Andrew, qui était matelot sur le bateau, l’a sortie de l’école. Mary en parlait avec tristesse parce que, selon elle, elle commençait à peine à apprendre. Cependant, elle comprenait que son oncle essayait de la protéger. Beaucoup d’enfants succombaient à la grippe et à la rougeole à l’époque, et il ne voulait pas qu’elle tombe malade. Quand elle est rentrée, Mary a appris à vivre de la terre. Elle a également réappris sa langue. Quand elle parlait de ces années, Mary expliquait : « Personne n’était inactif. Même les petits enfants voulaient faire quelque chose et essayaient d’accomplir les tâches qu’on leur assignait. »

En 1932, Mary a épousé Alfred Kendi, qui était originaire du Yukon. Leur mariage fut arrangé. Ils vivaient dans le bois, pratiquant la chasse, le trappage et la pêche dans la région d’Aklavik, et ils ont élevé neuf enfants, dont un adopté. Alfred est décédé dans les années 1960.

Mary Kendi a toujours été membre active de l’Église anglicane, étant membre (tout comme sa mère avant elle) du Women’s Auxiliary et du Women’s Institute. En 1977, le Women’s Institute a organisé un voyage à Nairobi, au Kenya, auquel Mary et Bella Ross, de Fort McPherson, ont été invitées à participer. Mary parle avec enthousiasme de ce voyage et des personnes qu’elle a rencontrées. De toute évidence, c’était pour elle le voyage d’une vie.

L’un des membres fondateurs de l’Institut social et culturel gwich’in, Mary fut une grande inspiration et source de force pour l’organisation, à laquelle elle a beaucoup appris. Au Gwich’in Science Camp organisé chaque année par l’Institut, elle transmettait la culture et le savoir-faire traditionnels. Dans ce rôle elle mettait l’accent sur l’importance de s’assurer que les jeunes connaissent bien les façons de faire d’aujourd’hui et celles de leurs ancêtres. Elle soulignait également qu’il leur est important de connaître leur histoire et les enseignements de leurs ancêtres : « J’espère qu’un jour [les enfants] en viendront à considérer leur vie ancestrale comme faisant partie de la vie qu’ils vivent maintenant. S’ils ont deux modes de vie ensemble, leur vie sera bonne. Mais s’ils ne prêtent pas attention à leur histoire, je ne sais pas quel avenir ils auront. »

En 1992, Mary fut l’une des premières lauréates du prix Wise Women dans les Territoires du Nord-Ouest, prix décerné chaque année par le Conseil sur la condition de la femme des Territoires du Nord-Ouest. Le prix honore Mary et lui a été décerné en reconnaissance de ses nombreuses années de dévouement à sa communauté. Elle a contribué à l’amélioration de sa communauté et a donné un exemple positif à tous, notamment aux jeunes.

Mary Kendi vit encore à Aklavik. Elle est toujours prête à partager ses histoires et ses connaissances, et son excellent sens de l’humour et son sourire chaleureux ravissent les visiteurs.

Source : Adapté de Gwich’in Elders Calendar 2001, Institut social et culturel gwich’in





Histoire orale