Musée virtuel de la Nouvelle France

Colonies et Empires

L’Amérique du Nord avant la Nouvelle-France

Il y a près de 11 000 ans, des Amérindiens venant du Sud ont commencé à parcourir le territoire qui allait devenir, à l’époque moderne, la Nouvelle-France. L’arrivée de ces hommes et de ces femmes dans ce qu’on appellera bien plus tard l’Amérique septentrionale, marque le début de l’occupation de terres tout juste débarrassées des glaces qui les recouvraient jusqu’alors.

Effigie de tortue

Effigie de tortue

Dans cet article passionnant, Michel Plourde nous dévoile une facette très largement méconnue de l’histoire, ou plus exactement, de la préhistoire de la Nouvelle-France. En effet, il nous invite à découvrir les différentes civilisations amérindiennes ayant vécu dans zones de peuplement principales de la Nouvelle-France – l’Acadie, la vallée du Saint-Laurent et la Louisiane – durant le millénaire qui précéda l’installation des premiers colons européens.

En se basant sur les données archéologiques les plus récentes, l’auteur nous présente ces différents peuples, lointains ancêtres des Iroquois, des Hurons, des Innus ou encore des Natchez, et met en évidence les différences culturelles qui pouvaient exister entre eux, tant sur le plan de l’organisation sociale que sur celui de l’économie, ou du mode de vie.

Ainsi, l’on suivra avec étonnement l’évolution de leurs modes de vie et de leurs cultures et l’on découvrira les changements majeurs survenus, notamment dans leur façon de se nourrir, au cours du dernier millénaire de la période que l’on appelle préhistorique.

Les recherches archéologiques réalisées sur ce qui fut le cœur canadien de la Nouvelle-France ont révélé des sites d’occupation très variés qui traduisent l’adaptation et le développement de différentes communautés amérindiennes à un milieu physique très contrasté. En provenance du sud, les premières populations humaines, se déploient sur le territoire à partir de 11 000 AA et occupent celui-ci à mesure que la faune et la flore recouvrent les espaces dégagés par la fonte du glacier – AA correspond à « avant aujourd’hui » avant l’actuel, soit le nombre d’années écoulées à partir d’un point de référence constant fixé par convention à l’année 1950 de notre ère. Ces populations, que les archéologues ont dénommées « Paléoindiens », pratiquaient un nomadisme étendu. Ils étaient non seulement des spécialistes de la chasse au caribou, mais également de fins tailleurs de pierre, préférant des variétés riches en silice pour réaliser notamment leurs pointes à cannelures, leurs vastringues, leurs perçoirs et leurs grattoirs à bec. Leurs cycles de déplacements sur le territoire étaient probablement planifiés de manière à poursuivre les hardes de grands mammifères, tout en s’assurant un accès aux principales carrières de pierre. Les sites Debert, en Nouvelle-Écosse et Mégantic au Québec en sont les plus connus.

Suite à un réchauffement climatique, l’environnement subarctique est remplacé à partir de 9000-8000 ans AA et jusque vers 5000 ans AA par des forêts mixtes. Les hordes de caribou émigrent vers le nord. Les sites archéologiques révèlent un abandon des anciennes carrières de chert au profit de matériaux de moins bonne qualité, tel le quartz et des pierres métamorphiques. Les groupes diminuent ainsi leurs déplacements et concentrent davantage leurs activités aux mêmes endroits. Les grandes pointes en pierre sont probablement remplacées par des outils faits à partir d’andouiller et d’os (qui se sont rarement conservés dans les sols) et on produit une grande variété d’outils rudimentaires pour couper ou broyer. Nouvellement introduite, la technique du polissage de la pierre permet de fabriquer haches, herminettes et gouges. Tous les types d’environnements sont alors exploités, notamment ceux des milieux riverains et marécageux de l’intérieur des terres qui libèrent en quelque sorte les Amérindiens des longs et constants déplacements sur le territoire qu’imposait la chasse au caribou.

Vers 5000 ans AA, les populations amérindiennes vivant dans les basses terres du Saint-Laurent et dans la région des Grands-Lacs continuent de pratiquer la chasse, la pêche, la trappe et la cueillette (de plantes, de petits fruits et de mollusques). Ces « Archaïques laurentiens » se sont davantage approprié le territoire et ont alors exploité de multiples variétés de pierre, tels des cherts appalachiens verdâtres, des quartzites blanchâtres prélevés dans le bouclier canadien ou des cherts bleutés extraits de la péninsule du Niagara. De ces matériaux bruts, ils ont taillé des pointes encochées, des grattoirs, des couteaux et des perçoirs de dimensions variées. Ils ont raffiné leurs techniques de polissage de la pierre et fabriqué de magnifiques pointes, haches, gouges, poids de filet, poids de propulseur et baïonnettes. Plusieurs objets en os étaient fabriqués pour les besoins de la pêche et du cuivre extrait d’affleurements notamment localisés au lac Supérieur servait à produire une gamme d’outils et d’ornements aussi variée que celle fabriquée en pierre. L’utilisation d’objets de mouture, tel que des meules, atteste la transformation de matières végétales pour la consommation. Le nombre accru et la dispersion géographique des sites et l’utilisation plus marquée de matières premières lithiques locales permettent de constater une augmentation de la population, une réduction de la surface des territoires exploités et une mobilité moins grande. Ces groupes ont élaboré des traditions funéraires caractérisées par l’utilisation d’ocre rouge et des offrandes funéraires d’une qualité surpassant de loin celle des objets du quotidien.

Un peu après 4000 ans AA, le nord-est est marqué par de multiples changements, tant au niveau des types d’outils, du schème d’établissement que des modes funéraires, ce qui laisse présager une très forte influence idéologique de la part de populations méridionales dénommées « Susquehanna ». La géographie culturelle qui sera décrite par les premiers arrivants Européens est déjà perceptible vers 3000 ans AA. Dans les provinces maritimes, les « Proto-Malécites / Micmacs / Pesmocody » continuent d’occuper le territoire et d’en exploiter les ressources, comme le faisaient leurs prédécesseurs. Ces populations, dont plusieurs sites côtiers se trouvent aujourd’hui submergés, ajoutent deux innovations à leur quotidien, soit l’arc et la flèche, ainsi que la poterie. Dans la vallée du Saint-Laurent et dans la région des Grands-Lacs, les populations dites « Pointe Péninsule / Meadowood / Saugeen » adoptent également la poterie et adhèrent massivement à une nouvelle technologie de taille appelée Meadowood et associée à un matériau lithique prélevé dans la péninsule du Niagara, le chert Onondaga. L’usage du tabac, l’utilisation de nouveaux instruments de pierre polie (gorgerins, pierres aviformes, pipes tubulaires), d’ornements de cuivre, et la pratique de comportements funéraires très élaborés marqueront également cet épisode. Bien que rarement rencontrées dans les provinces maritimes, ces manifestations coïncident toutefois avec le développement des langues proto-algonquiennes sur les territoires micmaques, malécites et Abénakis.

Au tournant de l’ère chrétienne, on assiste à la naissance des premiers essais horticoles dans un contexte où plusieurs communautés ont déjà opté pour un mode de vie semi-sédentaire assuré par des pêches fructueuses et une connaissance étendue des ressources végétales de la forêt. La céramique est omniprésente et les vases de forme fuselée entièrement décorés de lignes ondulantes ou dentelées sont rapidement remplacés par des contenants de forme globulaire. Les panses font désormais l’objet d’un traitement de surface et les décors sont maintenant limités à la section supérieure, et parfois même au parement, une nouveauté. Les réseaux d’échange atteignent alors un paroxysme : des dents de requins du Golfe du Mexique, des coquillages des côtes atlantiques, de l’obsidienne du Wyoming et des pipes en stéatite façonnées en Ohio aboutissent entre les mains des occupants du nord-est.

Le dernier millénaire de la période préhistorique sera marqué par un changement majeur dans la manière de se procurer de la nourriture. Sans délaisser la chasse, la trappe, la pêche et la cueillette, les Amérindiens se transforment progressivement en horticulteurs : du maïs, de la courge, du tournesol et du tabac sont non seulement cultivés et consommés, mais aussi emmagasinés ou utilisés comme monnaie d’échange. Les habitations, où logeaient traditionnellement une ou deux familles, s’allongent sur plusieurs mètres. La production de nourriture végétale permet de se sédentariser et le nombre d’individus pouvant vivre toute l’année ou presque au même endroit décuple, atteignant jusqu’à 2000 personnes.

Les populations vivant en bordure de l’Atlantique, comme celles des forêts boréales, ne participent pas au même degré à cette révolution alimentaire et continuent d’exploiter les ressources terrestres et marines. Certains dépotoirs contiennent d’ailleurs d’importantes quantités de coquilles de mollusques qui témoignent de longs séjours sur la côte. Les déplacements en haute mer n’avaient plus de secrets pour les Mi’kmaqs : à bord d’embarcations pouvant atteindre 9 mètres de long, ces canoteurs traversaient les 90 kilomètres séparant le Cap Breton (Nouvelle-Écosse) des Iles de la Madeleine, comme en témoignent les similarités du matériel découvert sur les sites de ces deux régions.

Algonquiens et Iroquoiens

Au moment de l’arrivée des premiers Européens, le nord-est du continent nord-américain est occupé par deux grandes familles linguistiques et culturelles, les Algonquiens et les Iroquoiens.

Les groupes algonquiens sont les plus nombreux. Bien que ceux-ci parlent des langues apparentées, leurs modes de vie varient beaucoup selon l’environnement où ils évoluent. Les fôrets boréale et laurentienne qui s’étendent des Maritimes aux prairies de l’Ouest sont fréquentées par des bandes de chasseurs cueilleurs nomades. Alors que ces bandes familiales se rassemblent en saison estivale sur des sites littoraux ou riverains, elles se fractionnent et se dispersent dans l’intérieur des terres l’hiver venu.

Les populations algonquiennes qui habitent le sud des Grands Lacs jusque dans le bassin du Mississippi, ainsi que long du littoral Atlantique jusque dans les Carolines, ont cependant un mode de vie plus sédentaire : elles pratiquent la culture du sol et mènent une existence villageoise.

Les groupes de langues iroquoiennes occupent quant à eux les basses terres de la vallée du Saint-Laurent, le sud-est des Grands-Lacs et le nord de l’État de New York actuel. Leur mode de vie est nettement plus homogène que celui des Algonquiens : ils s’adonnent à l’horticulture et sont semi-sédentaires, leurs villages se déplaçant à chaque 15 à 30 ans. Les Iroquoiens se distinguent aussi par leurs structures familiales matrilinéaires, c’est-à-dire où l’individu relève du lignage non pas de son père mais de sa mère.

L’Acadie préhistorique était peuplée par des groupes algonquiens : les Passamaquoddy du sud-est du Nouveau-Brunswick et du Maine, les Malécites (Etchemins) du bassin hydrographique de la rivière Saint-Jean et les Mi’kmaqs du nord du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’ile du Prince-Édouard et de portions de la Gaspésie partageaient certaines caractéristiques linguistiques permettant de les regrouper au sein d’une même grande famille nommée les Algonquiens de l’Est.

Territoire, mobilité et organisation sociale

Les Algonquiens vivant dans les provinces maritimes fréquentaient quatre types d’environnement, soit le littoral marin, les îles au large, les environnements riverains en amont de la limite de la marée haute, et les lacs et rivières de l’intérieur des terres. Les déplacements étaient fréquents et ne répondaient pas toujours à un calendrier fixe. Pour certains, l’hiver se vivait en bordure du littoral, pour y chasser le phoque par exemple, alors que d’autres préféraient passer cette saison à l’intérieur des terres à la recherche d’orignaux. De telles conditions n’auraient donc pas permis d’établir une stratification sociale, comme chez les communautés de la côte ouest du Canada, par exemple. L’exploitation de pierres à grains fins, que l’on taillait ou polissait pour en tirer une multitude d’outils, était aussi inscrite à l’agenda des déplacements. On se rendait directement aux carrières, sinon on souscrivait à un vaste réseau d’approvisionnement. Ainsi, des cherts verdâtres du lac Touladi au Témiscouata ou des cherts bourgogne extraits du lac Munsungun au nord-ouest du Maine étaient acquis par des groupes vivant sur la côte atlantique alors que cherts aux couleurs vives de la baie de Fundy en Nouvelle-Écosse ont été échangés jusque dans les Appalaches et dans la vallée du Saint-Laurent. Et c’est sans compter l’importation de quartzites extraits de la baie de Ramah au nord du Labrador et du secteur de Mistassini et de cherts Onondaga prélevés à la jonction des lacs Érié et Ontario. Les Mi’kmaqs, par exemple, pouvaient parcourir de vastes distances en haute mer, tels les chasseurs en partance du Cap Breton qui se rendaient aux Îles-de-la-Madeleine.

Les sociétés algonquiennes des Maritimes sont considérées comme étant essentiellement égalitaires et les données archéologiques ne traduisent aucune hiérarchie marquée. Les Mi’kmaqs par exemple pratiquaient l’exogamie, garantissant ainsi des mariages entre communautés différentes. Des bandes de type patrilocal nommaient un chef de sexe masculin qui disposait en fait de pouvoirs limités. Les villages étaient formés de six familles nucléaires, soit environ 30 personnes, qui se séparaient en plus petits groupes et se retrouvaient au fil des déplacements sur le territoire.

En général, les sites étaient occupés par quelques familles revenant sur les mêmes lieux, année après année. De plus grands rassemblements saisonniers avaient lieu dans les zones d’estuaire où l’on profitait de l’abondance des ressources. Ces endroits, postés à la croisée de grands axes de navigation, constituaient d’ailleurs des lieux de rendez-vous incontournables. On favorisait plus spécifiquement les secteurs facilement accessibles en canot, tout près d’une source d’eau potable, baignés par le soleil et protégés des vents froids. Des foyers ouverts composés d’une plate-forme de pierres d’environ un mètre de diamètre servaient à la cuisson des aliments et assuraient le confort des occupants qui logeaient dans des tentes circulaires ou ovales d’environ quatre mètres de diamètre. Des fosses servaient à entreposer des réserves de nourriture pour palier aux rigueurs de l’hiver, comme sur un site de la rivière Miramichi au Nouveau-Brunswick qui en comptait jusqu’à une soixantaine! Certaines maisons étaient aménagées en creusant le sol sur un demi-mètre de profondeur. Les écrits des Jésuites du 17e siècle évoquent d’ailleurs une technique d’isolation contre le froid qui consistait à ériger les murs de l’habitation à l’aide de deux couches d’écorce de bouleau séparées par de la mousse.

Les habitudes alimentaires

Le littoral regorgeait de ressources animales : mammifères marins, poissons d’eau salée et d’eau douce, oiseaux migrateurs et mollusques étaient exploités en différentes saisons, selon leur abondance ou leur disponibilité. Des filets étaient tendus aux embouchures de rivières pour attraper le saumon et la morue était pêchée à la ligne, au large des côtes. Des barrages faits de pieux en bois servaient également à capturer le poisson, aussi bien sur les espaces dégagés à marée basse qu’à la décharge de lacs. Les estrans regorgeaient de mollusques (huitres et myes) que l’on extirpait de la vase par centaines. Quand ces espèces faisaient défaut, les groupes gagnaient l’intérieur des terres en longeant les rivières et capturaient le castor ou l’orignal. Des chiens pouvaient être utilisés pour traquer l’orignal et détecter la présence de castors dans leurs cabanes. Malheureusement les restes de crustacés, de baies sucrées, de noix, de plantes cultivées, comme le maïs ou de variétés sauvages comme les têtes de violon, ne se sont à peu près jamais conservés dans les sites archéologiques, même s’ils faisaient partie de la diète. Les os de mammifères étaient fendus ou broyés pour en extraire la moelle, une nourriture riche en protéines.

Culture matérielle

La culture matérielle de ces groupes qui s’est préservée dans les sols consistait en contenants de terre cuite, en pointes de projectiles encochées à la base (qui marquent l’adoption de l’arc et de la flèche et qui se démarquent des pointes plus trapues utilisées comme lances), en petits grattoirs de la taille d’une pièce de monnaie, en couteaux bifaciaux aux formes variées, en herminettes en pierre taillée ou polie et en de nombreux déchets de la taille de la pierre dont les tranchants acérés en faisaient des couteaux jetables hors pair. Les os, dents et ivoires d’animaux fournissaient une matière première idéale pour la fabrication de couteaux à lame recourbée (dents de castor, par exemple), de harpons à tête détachable et d’aiguilles ou de poinçons. Les contenants de terre cuite autrefois décorés d’empreintes imitant la marque laissée par un peigne le furent désormais à l’aide d’une tige enroulée d’une fibre végétale appelée cordelette. Ce vent stylistique novateur allait d’ailleurs balayer tout le Nord-Est américain. Étonnamment, la fabrication des vases fut moins soignée que précédemment et contrairement aux populations des Grands-Lacs et de la vallée du Saint-Laurent qui façonnaient leurs vases à partir d’une motte d’argile, on continua de monter les vases en superposant des colombins (rendant ainsi les contenants plus cassants). Des coquillages broyés étaient utilisés dans la fabrication de ces vases et remplacèrent graduellement les grains de granite. Cette dégradation de la technologie des vases en terre cuite s’est peut-être faite au profit de l’utilisation de contenants sculptés dans des troncs d’arbres. Or, l’acidité naturelle des sols est souvent néfaste pour les objets en matière organique. Une découverte exceptionnelle, comme celle réalisée à Pictou en Nouvelle-Écosse, a permis de mettre un jour un artisanat réalisé à partir de fibres végétales tissées.

Quand Jacques Cartier explore le Saint-Laurent en 1535, des groupes iroquoiens y occupaient des camps et des villages entre l’embouchure du Saguenay et la région des Grands-Lacs. Ces Iroquoiens parlaient une langue différente des autres groupes iroquoiens rencontrés par les Européens ailleurs dans le Nord-Est américain, comme les Onondaga, Mohawks, Oneida et Hurons, par exemple. On ne sait encore avec certitude à quand remonte leur arrivée dans le Saint-Laurent. Pour certains, leur manière d’occuper et d’exploiter le territoire et leurs technologies céramiques et lithiques sont perceptibles à partir du 5e siècle de notre ère. Pour d’autres, cette continuité n’est pas assez éloquente sur les sites archéologiques et il faut considérer une implantation réelle de ces populations seulement à partir du 14e siècle. La question se pose encore. Quant à la portion de la vallée du Saint-Laurent située en aval de Québec, on présume qu’elle était fréquentée à la fois par les ancêtres ou les prédécesseurs des Innus (Montagnais), par les Malécites et les Mi’kmaks, et que les Iroquoiens du Saint-Laurent s’y rendaient en excursion pour y chasser le phoque et y pêcher le maquereau. La nature des relations entre ces groupes avant l’implantation française demeure malheureusement mal connue.

Provinces, villages et maisonnées

S’aventurant dans la vallée du Saint-Laurent, Jacques Cartier reconnut deux groupes qui habitaient une dizaine de villages répartis entre le lac Saint-François et l’île-aux-Coudres; les Hochelaguiens de la région de Montréal et les Stadaconiens de la région de Québec. Il s’agirait de deux confédérations composées chacune de tribus apparentées.

Les études archéologiques ont cependant permis de reconnaître au moins quatre provinces, ou ensembles culturels, iroquoiennes. La première – Jefferson – s’étendait dans les comtés de Jefferson et de St. Lawrence dans l’État de New York. La seconde – Hochelaga – comprenait l’île de Montréal et la région s’étirant jusqu’à Prescott. C’est là que les archéologues ont retrouvé les villages les plus imposants, comme celui de Roebuck en Ontario avec ses 3,2 hectares. La troisième – Maisouna – était répartie entre la rivière l’Assomption et le village actuel de Lanoraie au Québec et enfin, la quatrième – « Canada » – couvrait un espace compris entre Portneuf et l’île aux Coudres et qui pourrait s’étirer jusque dans le secteur de l’embouchure du Saguenay. Cette dernière province comportait sept villages plus petits et non protégés par des palissades, tous localisés sur la rive nord du fleuve et dont le chef-lieu Stadaconé, la capitale de la province de Canada, se trouverait aujourd’hui à l’intérieur des limites actuelles de la ville de Québec. Comme le constata Jacques Cartier :

« […] ya quatre peuples et demourances savoyr Ajoasté, Starnatan, Tailla qui es sus une montaigne et Sitadin. Puys ledict lieu de Stadaconé […]. Passé ledit lieu est la demourance et peuple de Tequenonday et de Hochelay lequel Tequenonday est sus une montaigne et l’aultre en ung plain pays» (Bideaux 1986: 166).

Cet espace correspondrait ainsi à leur territoire d’occupation. À partir de la densité démographique des villages hurons du 17e siècle et d’estimations générées au cours de fouilles réalisées sur les villages iroquoiens de Mandeville et de Masson, la population vivant dans cette province culturelle a été évaluée entre 2000 et 3000 personnes. Stadaconé aurait compté quelque 800 individus alors que les trois villages plus à l’est auraient abrité 200 à 250 personnes en moyenne.

Différemment des concentrations de villages dans le nord de l’état de New York et de l’est ontarien qui servaient à se protéger des ennemis, les agglomérations iroquoiennes du Saint-Laurent étaient passablement distancées les unes des autres, laissant croire à l’absence d’hostilités, sauf dans l’estuaire, où pesait la menace des Mi’kmaks. Les sites étaient généralement situés sur des sols sablonneux ou limoneux bien drainés, souvent en retrait de l’artère fluviale, sur d’anciennes terrasses ou sur des crêtes morainiques, comme à Saint-Anicet. Un important site de pêche a été découvert à Pointe-du-Buisson, vis-à-vis les rapides de Beauharnois.

L’agriculture aura certainement contribué à accentuer la sédentarisation des populations qui se regroupaient dans des agglomérations plus ou moins vastes, comme le site Roebuck ou Saint-Anicet, dans le Haut-Saint-Laurent, à Tracy, le long du Richelieu, ou sur la rive nord du Saint-Laurent, à Lanoraie ou à Deschambault. Les villages regroupaient des maisons longues larges de six à sept mètres et alignant plusieurs foyers et petites fosses. Les liens familiaux entre Iroquoiens, ainsi que les modèles résidentiels, étaient basés sur la matrilinéarité. Les liens de filiation étaient donc transmis de mère en fille plutôt que de père en fils et les nouveaux mariés s’installaient dans la famille de la femme, plutôt que dans celle du mari.

L’habitation était érigée à partir d’une charpente de perches dont les sections enfoncées dans le sol laissent parfois des traces. Des dépotoirs étaient souvent aménagés à même une pente tout près des maisons et un cimetière était généralement localisé à l’extérieur du village, dont certains pouvaient être entourés d’une palissade. Il s’agissait d’établissements semi-permanents localisés à proximité d’endroits propices à la pêche et connaissant au moins 130 jours sans gel. L’épuisement des sols engendrés par la culture, tout comme celui du bois de chauffage, par exemple, commandaient une relocalisation du village en moyenne à tous les quinze ans. Et puisqu’une période de jachère d’une cinquantaine d’années était nécessaire pour que des sols cultivés puissent se régénérer naturellement, il fallait déplacer un village quatre à cinq fois avant de revenir sur les lieux d’un ancien établissement.

Alimentation et santé

Dans la portion du fleuve comprise entre Montréal et les Grands-Lacs, la culture du maïs, de la courge et du tournesol représente une véritable révolution alimentaire qui se matérialisa autour du début du 14e siècle, peut être après plusieurs siècles d’expérimentation. Ces plantes étaient cultivées dans des clairières aménagées autour des habitations, mais on en trouve parfois à plus d’un kilomètre des villages.

Le maïs

L’histoire des populations autochtones sédentaires ou semi-sédentaires est liée de près à celle du maïs, de son nom scientifique zea mays. L’émergence de cette céréale fut le résultat d’une mutation chez une plante sauvage à épi et d’un long processus de domestication entamé il y a environ 5 500 ans par les autochtones du sud-ouest du Mexique. Depuis, les mutations graduelles ont conduit vers une sélection progressive des variétés les plus productives et les mieux adaptées à l’agriculture.

Le maïs se rependit graduellement en Amérique. Il y a environ 3000 ans, il avait atteint le Nouveau-Mexique et l’Arizona actuel. Si les premières traces archéologiques de maïs apparaissent dans la région des Grands-Lacs vers l’an 100 de notre ère environ, ce n’est que vers l’an 500 que cette céréale prend sa place au centre de l’alimentation des groupes iroquoiens de la région.

À ce jour, au-delà de 5000 variétés de maïs ont été répertoriées. Chez les Iroquoiens du Saint-Laurent, la forme la plus abondante fut zea mays indurata, connue sous l’appellation Northern Flint, littéralement « silex du nord ». Elle tire son nom de son albumen corné, qui donne un grain très dur et lustré une fois séché. Elle atteint cependant sa maturité hâtivement, en une centaine de jours environ, ce qui représentait un atout fondamental dans ces latitudes où la belle saison est courte.

Les semailles et les récoltes se faisaient à la main. Les grains étaient ensuite séchés. Afin de libérer les éléments nutritifs des variétés de maïs à l’albumen corné, on ajoutait une matière alcaline lors du broyage ou de la préparation, soit du calcaire broyé ou des cendres. Facile à produire et à conserver, le maïs permettait l’accumulation de réserves de nourriture dont dépendaient les communautés villageoises.

La chasse, la pêche et la cueillette continuaient d’être pratiqués et la viande sauvage constituait alors 20 à 30 % de l’apport calorique. La capture de cerf de Virginie pouvait être rentabilisée par l’utilisation d’enclos formé de perches placées en « V » et vers lesquels on dirigeait des petits troupeaux. À l’est de Montréal, le poisson, l’anguille et différents mammifères et oiseaux, ainsi que du phoque, étaient prisés et l’agriculture aurait toutefois joué un rôle secondaire. Si l’on attribue aux femmes l’entretien des champs de maïs, de courge et de tournesol, c’était aux hommes que revenait la culture du tabac, qui se pratiquait en retrait des champs, sinon tout près des maisons longues.

Une fois abandonnés, les champs de maïs étaient repeuplés d’arbres produisant des noix, tels que le chêne, le noyer cendré et le caryer. Or, ces noix riches en huiles constituaient des nourritures d’appoint très prisées. De nombreuses plantes sauvages, tel que le sumac, le framboisier et les fraises étaient utilisées.

Les restes humains analysés ont révélé différentes pathologies, telles la tuberculose, la carie dentaire engendrée par la consommation de maïs et même le cancer. Des cas de torsion du fémur chez certaines femmes ont d’ailleurs révélé que les charges étaient toujours portées du même côté du corps.

Culture matérielle

La culture matérielle des Iroquoiens du Saint-Laurent était caractérisée par de la poterie (vases et pipes surtout), un attirail d’outils en os très varié, des haches en pierre polie et des pierres à moudre. La fabrication de la poterie n’était pas le fait d’une classe d’artisanes, mais était assurée par chaque lignée maternelle et la technique était transmise de mère en fille. Les vases étaient souvent marqués de décors complexes définissant un style régional très net. Ceux-ci étaient caractérisés par une panse globulaire et un col étranglé surmonté d’un parement bien dégagé et ornementé de crestellations. Le parement était décoré d’un motif géométrique variable formant des combinaisons complexes jumelées à des ponctuations annulaires et des séries d’encoches. Les vases les plus spectaculaires étaient parés de figures humaines stylisées alors que d’autres arboraient des motifs rappelant la forme d’un épi de maïs ou d’une échelle.

La fabrication des pipes relevaient cependant de l’activité masculine. Les pipes iroquoiennes témoignent souvent d’un niveau artistique hors du commun : leurs fourneaux étaient alors tantôt décorés de figures humaines, tantôt de têtes d’animaux ou les deux, faisant presque toujours face au fumeur. D’autres pipes étaient modelées en forme de trompette et décorées de courtes lignes horizontales sur l’extérieur du fourneau ou des ponctuations sur l’intérieur du pavillon. On façonnait également des perles et des jetons de jeu en terre cuite.

On utilisait des éclats de pierre pour couper, gratter ou creuser. Les cultigènes étaient réduits en farine ou pulvérisés à l’aide de meules à main, le bois était travaillé à l’aide de haches en pierre polie et on aiguisait nombre d’outils en os sur des pierres à grains grossiers. L’outillage lithique demeurait relativement rare et compensé par l’utilisation des ossements d’animaux que l’on transformait en poinçons, en hameçons, en pointes de projectile, en harpons, en spatules, en aiguilles à tatouer ou pour tresser, en manches. Des dents castor étaient transformées en burins. On fabriquait des poussoirs en andouiller pour la finition d’outils en pierre comme les pointes ou les grattoirs et l’on perçait des phalanges pour fabriquer des bilboquets ou des pendentifs. On utilisait également des portions d’ossements très droits que l’on amincissait à l’extrémité pour dégager l’enveloppe des épis de maïs et même des omoplates de cerf pour en faire des pipes.

La disparition des Iroquoiens du Saint-Laurent

Les Iroquoiens rencontrés par Jacques Cartier en 1535 disparaissent avant la fin du siècle. En 1608, Samuel de Champlain cherche en vain les villages décrits par son célèbre prédécesseur. Une disparition par étape des différents groupes iroquoiens de la vallée du Saint-Laurent entre les passages de Jacques Cartier, en 1535 et de Samuel de Champlain, en 1608 rallie la majorité des chercheurs. Plusieurs facteurs à l’origine de cette disparition sont proposés.

L’impact dévastateur d’épidémies de souches européennes a été suggéré, mais l’absence de témoignages archéologie met en doute cet élément d’explication. Des facteurs climatiques ont aussi été évoqués pour expliquer le déclin de la société iroquoienne. Sévissant de 1300 à 1850 AD, un refroidissement de la température moyenne de l’hémisphère nord nommé « le Petit âge glaciaire » aurait rendu précaire la pratique de l’agriculture dans l’est de la vallée du Saint-Laurent. Les Iroquoiens habitant les environs de Québec auraient d’ailleurs continué de miser sur le phoque pour combler une partie de leurs besoins annuels parce que la population de pinnipèdes n’aurait pas connu de baisse sensible et qu’au contraire, des températures plus froides auraient peut être même favorisé leur présence en amont de l’embouchure du Saguenay, réduisant d’autant les distances à parcourir pour exploiter cette ressource.

Les conflits, qui divisent les Iroquoiens du Saint-Laurent et leurs voisins au cours des derniers siècles du Sylvicole, auraient joué un rôle fondamental. Les habitants de Stadaconé révélèrent à Cartier qu’ils faisaient la guerre aux « Toudamans » à l’est, alors que ceux de Hochelaga lui indiquèrent qu’ils étaient aux prises contre les « Agojudas » à l’ouest. Si ces premiers semblent correspondre aux Mi’kmaks et aux Malécites, l’identité du dernier groupe demeure incertaine; il s’agirait peut-être de l’un des groupes Iroquoiens qui habitaient la région des Grands Lacs, ou encore des Algonquins. Les poussées expansionnistes des Cinq Nations iroquoises, notamment des Mohawks, ont également été mises en cause. Ce contexte pourrait expliquer la dispersion ou le repli de la population de la vallée du Saint-Laurent. Des groupes voisins, tels que les Hurons, les Mohawks, ou les Algonquins de l’Outaouais, les auraient accueillis comme captifs de guerre ou réfugiés et intégrés à leur société.

Le vide laissé par la dispersion des horticulteurs iroquoiens du Saint-Laurent fut comblé par des chasseurs-cueilleurs algonquiens, Innus et Algonquins. C’est eux que Champlain rencontra sur l’ensemble du territoire laurentien.

Dans la vallée du Mississippi, ce sont les populations appartenant à la culture dite « mississippienne » qui s’épanouissent du 9e siècle au 16e. Les spécialistes subdivisent habituellement cette période en trois. Le Mississippien inférieur, qui s’étend d’environ 800 à 1000 (la périodisation varie d’une région à l’autre), représente une première phase de transition pendant laquelle diverses populations délaissent les formes d’organisations tribales caractéristiques du Sylvicole en faveur de la sédentarité, de l’agriculture intensive, et de la centralisation politique. Le Mississippien moyen, qui s’étend dans la plupart des régions de 1200 à 1400, représente l’apogée de cette nouvelle culture, l’époque où culminent les grandes métropoles et où la diffusion de l’art et du symbolisme qui la caractérisent est à son paroxysme. Entre 1400 au moment des premiers contacts européens, le Mississippien supérieur se caractérise par l’intensification de la tourmente politique et sociale, et enfin la dispersion des populations.

Habitudes alimentaires

Alors que la culture du maïs n’atteint la région des Grands-Lacs et du Haut Saint-Laurent que vers le début du 14e siècle, cette révolution alimentaire d’opère dans la vallée du Mississippi dès le 9e. Le maïs poussait exceptionnellement bien dans le long du Mississippi et de ses affluents, régions aux sols fertiles et au climat tempéré. Parce qu’elle permettait de supporter une population plus nombreuse, des agglomérations plus denses, ainsi qu’une spécialisation de la main d’œuvre, la culture intensive du maïs mena à la formation d’une série de métropoles et de communautés satellites.

L’abondance de houx de pierre sur les sites archéologiques témoigne de l’importance fondamentale de l’agriculture dans la vie mississippienne. Outre le maïs, on cultivait la courge, le haricot, ainsi que le tournesol. Les rivières auprès desquelles étaient établis les villes et villages fournissaient le poisson, les mollusques et autres créatures aquatiques tel que les tortues, qui servaient de compléments importants à l’alimentation mississippienne. La chasse, notamment du cerf, ainsi que la cueillette de baies et noix jouaient elles aussi un rôle important.

Occupation du territoire et organisation sociale

La plupart des villages de la région, avant la transition à la phase mississippienne, étaient de petite taille et n’étaient occupés que de manière saisonnière. Avec la culture du maïs et la croissance démographique, la variété de ces sites se multiplièrent : villes, villages, hameaux et habitations isolées. Les plus grandes villes servaient de centres religieux, politiques et administratifs à la population des communautés satellites environnantes. Les maisons avaient un plan carré ou rectangulaire d’environ trente-cinq mètres carrés, des murs souvent enduits de plâtre et aux toits de chaume, et étaient généralement alignées de manière ordonnée autour d’une place centrale. Les communautés mississippiennes étaient par ailleurs surtout caractérisées par la présence de tertres à base rectangulaires et au sommet plat, pouvant atteindre jusqu’à 30 mètres de hauteur, couronnés de temples, d’édifices mortuaires, et de résidences élitaires. Une palissade ou un remblai défensif complétait habituellement le tout.

La stratification sociale était plus prononcée chez les Mississippiens que chez les populations autochtones du nord-est. Le contrôle du pouvoir politique et religieux reposait en effet dans les mains d’une élite, voire d’un individu. Les chefs, dont les assises semblent avoir été héréditaires, gouvernaient la redistribution de la nourriture entre les communautés satellites et les villes principales. Ils pouvaient mobiliser une population importante pour la guerre ou les travaux publics, comme en témoigne l’existence des tertres dont la construction exigeait un effort collectif soutenu. Bien que l’état de la connaissance demeure limité, l’élite semble avoir cumulé les fonctions politiques et religieuses. Il est probable que les chefs supervisaient l’échange des biens à l’intérieur de leurs territoires et avec des territoires voisins, ainsi que dirigeaient l’activité de toute une gamme d’artisans spécialisés.

La ville mississippienne la plus imposante et influente fut celle de Cahokia (près de Collinsville, Illinois), occupée entre 600 et 1400. Située dans un emplacement stratégique, près des confluents des Rivières Mississippi, Missouri et Illinois, cette ville couvrait une superficie de près de neuf kilomètres carrés et renfermait quelques cent-vingt tumulus. Occupé par environ 1000 personnes jusqu’au milieu du 11e siècle, Cahokia vit sa population croitre de manière exponentielle par la suite, devenant ainsi le plus important centre urbain au nord des grandes métropoles mexicaines. À son apogée, les archéologues estiment que la population de Cahokia se chiffrait de 8000 à 40000 âmes.

Art et religion

Les réseaux commerciaux mississippiens avaient une envergure continentale, permettant aux artisans de Cahokia et d’ailleurs d’acquérir des substances exotiques que des artisans spécialisés façonnaient ensuite à leur manière. À partir de coquilles de buccins provenant de l’Océan atlantique ou du Golfe du Mexique, ils fabriquaient des coupelles, des gorgerins, des perles et toutes sortes d’autres ornements. Avec de l’argilite rouge extraite au Missouri, ils sculptaient des statuettes et des pipes très élaborées. Des pépites de cuivre en provenance des Grands Lacs étaient martelées pour en faire des feuilles, puis gravées ou travaillées en relief. Le silex dit de Mill Creek, provenant du sud de l’Illinois, était redistribué dans l’ensemble du monde mississippien et taillé en bifaciaux, houx, et autres outils fort appréciés pour leur durabilité. On façonnait aussi bien le bois, l’argile et la pierre de provenance locale. Certaines figures revenaient régulièrement sur les ornements et contenants : des serpents à plume, des guerriers ailés, des araignées, des visages humains aux yeux pleurant ou de faucon, des figures humaines et une variété de motifs géométriques.

La culture matérielle mississippienne, ainsi que les descriptions des premiers explorateurs européens, permettent de brosser les contours de la sphère religieuse. La consistance des thèmes iconographiques suggère un ensemble de croyances unifiées que les archéologues ont dénommé le « complexe cérémoniel du sud-est ». Le culte des ancêtres semble avoir joué un rôle important : c’est probablement eux que représentaient les figurines agenouillées que l’on a retrouvé depuis lors de fouilles. Les membres de l’élite se faisaient enterrer sous des édifices funéraires placés au sommet des tertres, entourés d’objets rituels exotiques et parfois d’esclaves ou de serviteurs sacrifiés pour qu’ils accompagnent leurs maîtres dans l’au-delà.

Le déclin des Mississippiens

Avant même l’arrivée des premiers explorateurs européens dans le sud-est américain aux 16e et 17e siècles, la culture mississippienne avait entamé son déclin. La population de Cahokia s’est dispersée assez tôt pendant le Mississippien supérieur, vers 1350 à 1400, migrant peut-être vers d’autres centres politiques en ascendance. La population des autres centres se disperse cependant au courant du siècle et demi qui suit. Parmi les explications possibles, soulignons l’impact des épidémies de souche européenne, tel que la petite vérole, mais aussi celui du refroidissement planétaire du Petit âge glaciaire ainsi que de longues périodes de sécheresse qui auraient sapé la culture du maïs et obligé la dispersion des habitants des grandes métropoles.

Au moment où Jacques Marquet et Louis Jolliet descendent le Mississippi en 1673, les grandes villes sont depuis longtemps abandonnées. Seuls les Natchez retiennent un degré de centralisation politique et religieuse, en la personne d’un chef suprême, qui s’apparente à celui des mississippiens disparus. Ils sont les seuls qui conservent la coutume d’ériger des tertres : au début du 18e siècle, leur « Grand village » n’en compte cependant que trois.

Ce bref survol donne un aperçu de la diversité des sociétés autochtones qui peuplaient le continent nord-américain avant l’implantation française au 17e siècle et dont les descendants entretinrent des relations avec les nouveaux-venus. L’état de nos connaissances sur ces sociétés préhistoriques est très fragmentaire et le demeurera inévitablement. Les fouilles et l’analyse archéologiques continueront heureusement à fournir de nouveaux éclairages sur les modes de vie, à mieux définir les groupes culturels, et à établir une trame chronologique plus précise.

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Recherche originale : Michel PLOURDE, Ph.D., archéologue