Projet archéologique du fort Nieu Savanne : Les fouilles commencent

Jean-Luc Pilon

Ce billet est le quatrième d’une série rédigée par l’archéologue Jean-Luc Pilon dans le cadre du projet de recherche archéologique du fort Nieu Savanne.

Un grand défi posé par le site sur lequel nous avons œuvré pendant presque tout le mois d’août est la végétation qui le recouvre et le protège. En 1982, des buissons assez bas de saules et d’aulnes étaient parsemés par-ci et par-là autour de zones herbeuses. On voyait facilement en surface les briques et les fosses laissées par les pilleurs. On pouvait aussi voir les souches de gros arbres qui avaient été coupés, selon toute apparence, suivant un feu de forêt quelques années auparavant.

Cet incendie de forêt et la coupe subséquente expliquent peut-être la découverte du site par des visiteurs venus du Sud. Des résidents de Fort Severn m’ont raconté comment ces gens utilisèrent des pelles pour creuser dans les alentours du vieux fort où ils auraient trouvé des vieilles bouteilles. Selon un récit, une personne a récupéré assez de briques pour décorer le foyer de sa maison à Toronto. On ne peut qu’imaginer l’histoire de cette localité qui a été détruite par ces gestes irresponsables.

L’été dernier, pendant un bref séjour pour retrouver et inspecter le site, il a fallu beaucoup d’effort pour le relocaliser. Une forêt d’épinettes et de peupliers avec un couvert de thé du Labrador, de saules et d’aulnes recouvre le lieu. Ce fut un grand défi de le retrouver, mais on est venu à bout. Identifier nos fouilles de 1982 était encore plus difficile. Étrangement, nous avons pu nous replacer près de nos fouilles antérieures grâce à deux vieilles souches facilement reconnaissables, identifiées à partir de photos prises en 1982. Ainsi, nous espérions étendre ce même quadrillage cet été et ajouter au portrait émergeant de l’âtre du foyer de construction européenne.

Le travail est ardu. D’abord, il faut couper toute la végétation de surface et enlever tous les débris dans l’aire que l’on veut fouiller. Ensuite, avec des truelles bien aiguisées, nous grattons mince couche après mince couche de sol, notant la couleur et la texture de chaque couche. Lorsqu’on découvre  des objets, ils sont recueillis selon les couches de sol puisque chaque couche représente un chapitre de l’histoire du site.

Il va sans dire qu’étant si près de l’âtre d’un foyer de briques, on trouve des douzaines et des douzaines de briques pêle-mêle dans nos fouilles, laissées par la destruction du foyer ainsi que par les pilleurs. Fouiller des sols recélant de briques n’est pas du tout plaisant. Éventuellement nous avons trouvé un sol d’occupation sur lequel les briques étaient tombées. Ce sol pourrait être associé à la présence des Européens qui ont construit le foyer et l’édifice.

Le travail avance lentement. Plusieurs des objets que nous avons trouvés auraient pu tout aussi bien avoir été abandonnés par les Autochtones qui ont visité le site que par des Européens qui y ont construit un édifice peu après. Très souvent, ce que nous croyons être les restes de solives ou de poutres sont découverts très près d’un foyer utilisé par des gens qui fabriquaient encore des outils de pierre. Lorsque nous croyons comprendre le site, nous trouvons un objet de traite de fabrication européenne qui aurait pu être utilisé par des Autochtones autant que par des Européens. Nous espérons que la suite de notre travail donnera des réponses plus définitives.

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