Une page de l’histoire de Cobalt, en Ontario

John Willis

Numéro du 6 novembre 1909 du Cobalt News-Herald, Musée canadien de l’histoire, IMG2015-0054-0470-Dm

Numéro du 6 novembre 1909 du Cobalt News-Herald, Musée canadien de l’histoire, IMG2015-0054-0470-Dm

Le 7 août 1903, deux entrepreneurs du secteur ferroviaire, à la recherche de bois d’œuvre pour en faire des dormants de chemin de fer, se trouvent près de Long Lake, dans le nord de l’Ontario. Ils découvrent ce jour-là du minerai : c’est de l’argent. Avant la fin de l’année, d’autres découvertes similaires sont faites. Il n’en faut pas plus pour que la nouvelle se répande comme une traînée de poudre, de la presse aux éventuels prospecteurs et entrepreneurs : c’est par milliers qu’ils montent jusqu’à Cobalt, en empruntant le Temiskaming and Northern Ontario Railway — des Canadiens français et des Canadiens anglais ainsi que des Finlandais, des Russes, des Polonais, des Grecs et des Italiens. En 1905, on compte 16 mines en exploitation dans la région de Cobalt; en 1911, il y en a 34, et la production globale s’élève à 30 millions d’onces d’argent. La population de Cobalt connaît une croissance exponentielle, passant d’à peine 100 habitants, en 1903, à 10 000, en 1909. La ruée vers l’argent revêt une importance nationale, car elle contribue à stimuler les négociations en bourse et suscite une frénésie sur les marchés financiers de Montréal et de Toronto et même de Wall Street.

Ce numéro du Cobalt News-Herald, daté du 6 novembre 1909, témoigne des répercussions durables de l’essor minier sur la ville. On y rapporte la découverte de trois autres filons, ou veines argentifères. Les données sur l’expédition du minerai par huit producteurs sont impressionnantes. Sur une note plus grave, un article rapporte que des hommes ont frôlé la mort lorsque la cage qui les transportait au fond de la mine du Témiscamingue a soudainement plongé dans le vide. La une du Cobalt News-Herald passe sous silence la situation difficile que vivaient encore des centaines d’habitants après le grand incendie qui avait ravagé la ville plus tôt cette année-là, en juillet : le feu, qui avait pris naissance dans un café chinois, a détruit 150 immeubles et jeté 3 000 personnes sur le pavé. Les maisons et les bâtiments de Cobalt, ville entièrement consacrée à l’exploitation des mines d’argent, avaient été érigés à la hâte au tout début du xxe siècle. La ville n’était même pas pourvue de systèmes d’aqueduc et d’égout. Les constructions ont été rapidement emportées par un brasier d’une grande violence.

L’incendie lui-même ne fit pas beaucoup de morts : selon le Toronto Globe un jeune Italien et une jeune Canadienne française étaient au nombre des victimes. Cependant, de nombreux habitants qui étaient forcés de vivre dans la rue devaient s’abreuver à la seule source d’eau disponible, la nappe phréatique contaminée. C’est pourquoi il y eut à Cobalt une épidémie de fièvre typhoïde qui faucha 111 personnes durant l’été et l’automne 1909. Une tragédie en cachait une autre dans cette «  ville d’argent » du nord de l’Ontario.

Apprenez-en davantage sur ce numéro du Cobalt News-Herald.

Apprenez-en davantage sur l’histoire de Cobalt dans cette exposition en ligne du Musée virtuel du Canada.

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