En 1950, le volume de courrier du service des postes du Canada totalise 1 362 310 155 envois. Or, en 1966, les travailleurs de la poste doivent veiller à l’acheminement de 49 milliards de lettres. L’augmentation est énorme et doit donc s’appuyer sur une force de travail accrue. À titre d’exemple, entre les seules années 1957 et 1966, les effectifs des postes ont grimpé de 30 000 à 44 000 employés. Mais il y a plus. L’agrandissement des villes exige, de la part des trieurs, des prouesses de mémorisation remarquables pour savoir, par exemple, à quelle route de facteur doit aller telle ou telle lettre expédiée à un destinataire habitant Montréal ou Toronto. Cette réalité couplée au désir toujours présent d’accélérer le débit du courrier incite donc les administrateurs de la poste à se doter de machines permettant l’automatisation intégrale du tri, une démarche qui passe obligatoirement par l’instauration du code postal. C’est le premier pas de tout le processus et il sera franchi en 1971. À la suite de la remise au ministère des Postes d’une étude de faisabilité menée en 1969 sur l’établissement d’un code postal au Canada naît, l’année suivante, la Direction du codage et de la mécanisation. Choisie pour le codage pilote, Ottawa sera la première ville canadienne à être codée dès le 1er avril 1971. Le travail se poursuit ensuite avec le codage d’une province entière, le Manitoba, et enfin avec le reste du pays. Le ministère des Postes opte pour le code alphanumérique, un système souple dont les possibilités de combinaisons sont de l’ordre de 7,2 millions et qui se compose de six caractères (deux groupes de trois) disposés dans l’ordre suivant : une lettre/un chiffre/une lettre suivis de un chiffre/une lettre/un chiffre. Les trois caractères du premier groupe renvoient à l’indicatif régional et ceux du deuxième groupe, à l’indicatif local. La première lettre de l’indicatif régional fait référence à un espace assez vaste, une province par exemple ou une partie appréciable de celle-ci. Les deux autres caractères indiquent une zone urbaine ou un groupe de villages. Quant aux caractères de l’indicatif local, ils déterminent l’adresse : celle d’un côté de rue ou d’un immeuble dans les villes; celle d’un bureau de poste dans les campagnes. La précision du système alphanumérique est donc réelle. Elle est d’ailleurs supérieure au code postal américain composé de seulement 5 chiffres et qui équivaut somme toute à notre seul indicatif régional. Le code postal britannique, doté de 5 à 7 caractères, se rapproche davantage du nôtre mais là s’arrête la comparaison, les chiffres et les lettres de ce système n’étant pas toujours dans le même ordre. Le code postal, qui reposait sur l’utilisation d’un lecteur optique de caractère (LOC), devait d’abord être dactylographié pour pouvoir être lu adéquatement par la machine. Depuis 1990 toutefois, la lecture des codes manuscrits est rendue possible grâce au lecteur optique de caractère multiligne (LOCM), une machine qui, depuis 1994, peut également oblitérer les lettres. Ainsi, 30 000 lettres peuvent être traitées à l’heure. L’instauration du code postal et le bouleversement qu’il suscite dans l’environnement de travail ne se feront toutefois pas sans remous. Les pertes d’emplois sur lesquelles débouche l’automatisation soulèvera en effet l’ire des syndicats. Les années 1970 seront ponctuées d’une cascade de grèves auxquelles s’ajoutera une campagne nationale de boycottage de l’utilisation du code postal (1972-1976). Le mouvement syndical veut alors convaincre les citoyens et les gens d’affaires de ne pas se servir du code postal tant et aussi longtemps que les travailleurs de la poste n’auront pas touché une juste part des bénéfices ainsi générés par l’utilisation de cette nouvelle technologie. Si le climat de travail tendu qui s’installe alors place ces années parmi les plus difficiles de l’histoire des postes, il n’en demeure pas moins que le programme de mécanisation intégrale du traitement du courrier qu’engendre l’introduction du code postal est l’un des plus gros virages entrepris par le service des postes du Canada depuis son origine.

Gérald Pelletier

Sources

GENDREAU, Bianca. « Présentation à l’ACFAS, 25 mai 1995 ».

LACASSE, Germain.« Le tri postal au seuil du 3ème millénaire », document de recherche du Musée canadien de la poste, janvier 1999.

MCLEOD O’REILLY, Susan. À fond de train : le service postal ferroviaire au Canada, Hull, Musée canadien des civilisations, 1992.

VARDALAS, John. « Moving the Mail and People », Moving up the Learning Curve: the Digital Electronic Revolution in Canda, 1945-70, Ottawa, Bibliothèque nationale du Canada, 1998. Thèse de doctorat en histoire, Université d’Ottawa.

Dossier de recherche du MCP : The Postal Factory