Laurier en deux dimensions : les collections archivistiques sur sir Wilfrid Laurier au Musée canadien de l’histoire

Xavier Gélinas

Stéréogramme représentant Laurier et son épouse Zoé, 1896. Un stéréogramme était un collage, sur un carton rigide, de deux photographies quasi identiques, destinées à être regardées au moyen d’un appareil appelé stéréoscope qui combinait les deux images en créant un effet tridimensionnel. Musée canadien de l’histoire, 2011-H0024, H-786, f6.

Stéréogramme représentant Laurier et son épouse Zoé, 1896. Un stéréogramme était un collage, sur un carton rigide, de deux photographies quasi identiques, destinées à être regardées au moyen d’un appareil appelé stéréoscope qui combinait les deux images en créant un effet tridimensionnel. Musée canadien de l’histoire, 2011-H0024, H-786, f 6. IMG2014-0057-0001-Dm

De tous les personnages politiques ayant œuvré sur la scène pancanadienne, sir Wilfrid Laurier, chef du Parti libéral de 1887 à 1919 et premier ministre du pays de 1896 à 1911, fut certainement le plus apprécié. « Laurier avait le don de se faire aimer », comme en témoignait un ancien ministre libéral, Charles Gavan (« Chubby ») Power. Certaines figures politiques, à l’image d’Abraham Lincoln ou de John F. Kennedy aux États-Unis, transcendent les frontières partisanes et acquièrent un statut de mythe national, longtemps après qu’on a oublié les détails de leur action politique.

Cette affection pour Laurier s’est manifestée chez ses partisans libéraux, naturellement, mais aussi chez des adversaires politiques comme le nationaliste Henri Bourassa et ses supporteurs (qui l’accusaient pourtant de mollesse) ou, à l’autre bout du spectre, les impérialistes probritanniques (qui le trouvaient, par ailleurs, insuffisamment loyal à la Couronne). S’ils ne pouvaient l’approuver totalement, les uns et les autres ne parvenaient pas à le détester. Les bons sentiments à l’égard de Laurier ont perduré après son décès en 1919, et le « lauriérisme » a dépassé les milieux politiques : le nom de Laurier sert autant à désigner des villages que des universités, et son visage se retrouve autant sur des boîtes de cigares et des statues de marbre que sur les billets de cinq dollars…

Comment expliquer cette aura? L’homme représentait – et il représente toujours – un Canada idéalisé : Laurier était bilingue et se disait rassembleur, conciliateur, pragmatique. II ne reniait pas ses origines canadiennes-françaises, se plaisait en compagnie des Anglo-Canadiens et respectait les Néo-Canadiens. Il vouait un amour réel à toutes les régions du pays. Enfin, il était élégant, raffiné et éloquent – ce qui faisait honneur à ses concitoyens –, sans pourtant cesser d’être charmant, souriant et accessible. Il valorisait aussi la culture.

Pour Laurier, la politique signifiait plus qu’une lutte de petite envergure pour gagner un comté ici et là, en promettant une route ou un bureau de poste. Il savait très bien que « les élections ne se gagnent pas avec des prières », comme le disait son allié Joseph-Israël Tarte, mais il préférait viser plus haut. Les discours où il exposait sa conception du libéralisme, par exemple, ou encore ceux où il rendait hommage à la fois à la France et à l’Empire britannique, montrent que Laurier était un homme d’idées et que l’engagement politique était pour lui une affaire de valeurs et de principes.

Il y a un an, nous vous avons fait découvrir une galerie virtuelle d’artefacts du Musée canadien de l’histoire qui évoquent sir Wilfrid Laurier. Aujourd’hui, nous vous présentons des échantillons de nos collections documentaires. Voici donc quelques exemples, sur divers supports matériels (lettres, photographies, partition musicale, timbre-poste, etc.), du « lauriérisme » au Musée.

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