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L'héritage des Grecs

On a décrit les Grecs de l’Antiquité comme étant peut-être les personnes les plus agitées, les plus aventureuses et les plus créatives qui aient jamais peuplé la planète. Les habitants d’une terre relativement petite, ils poussent leurs explorations jusqu’aux limites de leurs voiliers et de leurs navires à rames, échangeant des biens et des idées partout dans la Méditerranée. Ils ont un don singulier pour l’appropriation culturelle, acquérant des idées et des pratiques, puis les rendant plus efficaces. Leur succès dans les guerres contre des envahisseurs est surprenant, et ils auraient pu accomplir encore plus s’ils avaient toujours présenté un front commun. Au cours des siècles, ils font couler plus de sang grec que tous leurs ennemis communs. Cependant, c’est dans la guerre des idées qu’ils remportent leurs plus grandes victoires.

L’humaniste Edith Hamilton, hellénophile impénitente, soutient que l’art et la pensée de l’âge d’or de la Grèce « n’ont jamais été surpassés, et n’ont été égalés que très rarement, et ils laissèrent leur empreinte sur tout l’art et toute la pensée de l’Occident ». Mais elle déplore le fait « que très peu de ce que les Grecs réalisèrent nous soit parvenu, et que nous n’ayons aucun moyen de savoir si nous avons les meilleurs fruits de leurs efforts… Une abondance d’œuvres magnifiques, et il n’en reste que peu : les sculptures, défigurées et brisées, se sont écroulées; les bâtiments sont tombés; les peintures, perdues à jamais; les écrits, tous perdus, sauf de rares exemples. Nous n’avons que les ruines de ce qui fut… » (extrait du Greek Way).

D’après certains experts, une seule statue de bronze sur mille nous est parvenue. Puisque le bronze était un métal précieux, en temps d’agitation ou de difficulté économique on le transformait facilement en choses plus pratiques, comme des épées et des socs de charrue. Périclès a proclamé que le monde aurait toujours le Parthénon, sous-estimant, peut-être, la capacité infinie de l’être humain et de la nature à détruire les choses matérielles. Les idées, qu’elles soient grandes ou mal inspirées, ont de bien meilleures chances de survivre indéfiniment.

Selon Charles Freeman, historien populaire, « les Grecs fournirent les chromosomes de la civilisation occidentale » (The Greek Achievement ). Cette observation est juste parce qu’on affirme depuis longtemps que les chromosomes sont les composantes de la vie. Dans le cas de l’héritage grecque, de nombreuses personnes, dont les noms couvrent l’alphabet de A à Z, d’Apelle à Zeuxis, ont contribué les composantes. Cependant, la civilisation occidentale n’a pas employé toutes ces composantes dans la création de son tissu social. Même des incontournables comme Platon et Aristote ont eu des idées qu’on pourrait facilement qualifier de « débiles », mais c’est leur manière de raisonner (et des idées brillantes) qui leur ont valu une place dans notre histoire.

Quand les Troyens ont voulu introduire le grand cheval de bois dans leur cité, le prophète Laocoon leur a dit de se méfier des étrangers qui leur voulaient du bien. Il avait tout à fait raison. Cependant, dans notre cas, nous nous réjouissons de tous les cadeaux que les Grecs ont apportés, directement ou indirectement, à nous et à nos aïeux. Notre système de gouvernement, nos lois, notre littérature, l’art que nous admirons, l’architecture que nous copions, l’essentiel de notre philosophie, notre religion, nos sciences, notre médecine, les Jeux olympiques — la civilisation occidentale est bien ancrée dans la Grèce antique.

Ce sont les Grecs qui mettent l’art de l’écriture à la portée du peuple; jusque-là, seuls les prêtres et les scribes y ont eu accès. Puis, comme ils le font avec la plupart des choses qu’ils empruntent à d’autres cultures, ils le transforment à leur façon et l’améliorent. Comme Platon affirme dans un de ses Dialogues , « quand les Hellènes prennent quelque chose aux non-Hellènes, ils finissent par la porter à un niveau de perfection plus élevé ». Les Grecs sont poussés par l’esprit de compétition hellénique, dont la meilleure expression est les Jeux olympiques, et la pire, les éternels et tristes conflits entre les cités grecques.

Les Grecs inventent le théâtre public et en deviennent les plus grands praticiens. La plupart des professeurs de théâtre conviennent que quatre dramaturges se sont distingués des autres. Trois d’entre eux sont grecs , et seul Shakespeare mérite de figurer parmi eux. Et qui est à la hauteur d’Homère comme poète épique, de Pindare comme poète lyrique, de Thucydide dans la rédaction de textes historiques, de Platon comme prosateur perspicace et incisif, ou d’Ésope dans la littérature enfantine?

Dans le domaine de l’architecture, les ponts, les églises, les édifices législatifs, les bibliothèques, les universités, les établissements financiers, les musées et les galeries d’art comportent tous des éléments des modèles grecs. Ce n’est pas sans raison que quatre des Sept Merveilles du monde antique sont des créations grecques. Aujourd’hui, dans les édifices parlementaires d’Autriche, le Philadelphia Museum of Art, le palais de Pouchkine, le Capitole à Washington, le monument à la mémoire d’Abraham Lincoln, la Plaza de España à Séville… partout autour de nous, il y a des colonnes et des frontons d’inspiration grecque.

Les Grecs sont les premiers à avoir recours à des jurys et à établir une assemblée démocratique. Certaines de leurs pièces de monnaie sont parmi les plus belles jamais frappées. Beaucoup de personnes se souviennent d’avoir étudié les Éléments de géométrie, d’Euclide, publiés dans un manuel scolaire qui a été utilisé pendant plus de deux millénaires. En 1992 l’Église catholique romaine a présenté ses excuses à Galilée pour l’avoir excommunié quand ce dernier a prétendu que le soleil était au centre de l’univers. Un Grec avait démontré cela, d’une manière qui a convaincu bien des gens, 20 siècles plus tôt.

Bien que le monde de la Grèce antique n’existe plus, il continue à retentir dans le nôtre. Métaphoriquement, il a été absorbé dans notre sang au cours des siècles. Un regain d’intérêt pour les études classiques, au XIVe siècle en Italie, est à l’origine de la Renaissance. La mythologie grecque a donné aux peintres européens une abondance de sujets évocateurs. La Réforme protestante a été inspirée par le réexamen du Nouveau Testament, dont la première version a été rédigée en grec. Le système scolaire britannique du XIXe siècle a été conçu sur des modèles grecs (y compris une version modifiée du pensionnat spartiate). Le Corbusier et d’autres architectes ont été influencés par des chefs-d’œuvre architecturaux grecs, comme le Parthénon.

C’est dans le domaine des droits de la personne que la société grecque échoue. Les Grecs vivent dans un monde créé du point de vue du citoyen adulte mâle, un monde où les femmes sont ségrégées et marginalisées. Même un dirigeant aussi progressiste que Périclès affirme dans sa célèbre oraison funèbre que moins on verrait ou entendrait les femmes, mieux ce serait. Le problème de l’esclavage, courant à l’époque, n’est jamais reconnu ou abordé de façon adéquate. Certains esclaves sont sans doute bien traités par des propriétaires éclairés, mais les esclaves ne sont jamais que des biens, et bon nombre d’entre eux sont exploités physiquement et sexuellement. L’attitude des Grecs envers les étrangers (et même envers les habitants des autres cités grecques) est aussi nettement ethnocentrique. En effet, certains critiques laissent entendre depuis longtemps que l’idée de la supériorité culturelle a clairement contribué à l’impérialisme européen. Telle est la double nature des héritages.