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Histoire des Autochtones du Canada
Tome II (1 000 avant J.-C. à 500 après J.-C.)

Les Planussiens récents (Sommaire, Chapitre 26)

La culture planussienne récente, composée des séquences chronologiques des complexes de Pelican Lake et de Besant, a occupé une zone-noyau comprenant l'Alberta et le sud de la Saskatchewan au sud de la rivière North Saskatchewan, le sud du Manitoba, la plus grande partie du Montana et du Dakota Nord, et des parties du Wyoming limitrophe, le Dakota Sud et l'Ontario. En se démarquant de la pratique courante qui, dans les Prairies, place le complexe de Pelican Lake et parfois du complexe de Besant dans la "Période Moyenne", les deux complexes sont assignés aux Planussiens. Par exemple, la Période V, à partir de 500 après J.-C. jusqu'à l'arrivée des Européens, est généralement appelée le Planussien récent mais, dans cet ouvrage, il est question simplement du Planussien. De tels changements de nomenclature peuvent causer une confusion compréhensible mais sont inévitables étant donné l'envergure nationale du présent ouvrage. Le complexe de Pelican Lake correspond à une distribution plus ample que celle du complexe de Besant mais comme cette distribution repose principalement sur une variété lâchement définie de pointes de projectile, ce que la distribution signifie vraiment en terme culturel constitue un problème. Une distribution plus restreinte du complexe de Besant se centre dans le sud des provinces des prairies et le Montana limitrophe et le Dakota Nord (Walde et al. 1995 : Figure 2). Les zones de végétation occupées par les Planussiens récents étaient principalement les prairies et les forêts-parcs mais, dans le cas du complexe de Pelican Lake, comprenaient aussi les parties limitrophes des Grands-Lacs-Saint-Laurent et la forêt boréale à l'est et la forêts de Columbia-Montane à l'ouest (McAndrews et al. 1987 : Planche 4).


Scène de campement automnal des Planussiens récents - 
Vidéoanthrop Inc.; MCC I-A-44, S95-23507
Scène de campement automnal des Planussiens récents

À la suite du succès remporté lors des embuscades et de l'abattage des troupeaux de bison, de vaches et de leurs veaux dans un enclos ou un endroit de précipice au pied des collines qu'on voit en arrière-plan, les hommes aident les femmes à dépecer et à faire sécher la viande avant le début de la pourriture. De l'eau contenue dans des panses de bison en avant-plan sera réchauffée à l'aide de pierre de chauffe afin d'extraire le gras des os fragmentés et de la moelle extraite par les femmes plus âgées en vue de la production du pemmican. Le chien attentif, blessé à un pied, a été mis en laisse à un tipi par son propriétaire pour le garder éloigné de l'endroit de l'abattage où il était périlleux d'empirer sa blessure parmi les autres chiens qui s'égorgeaient pour obtenir les restes de la chasse. Un jeune garçon, en haut à droite, éloigne une pie de la viande mise à sécher. La scène est prise dans les forêts-parcs en automne alors que le besoin d'amasser des approvisionnements pour l'hiver était critique et que la viande de bison était à son meilleur.

(Peinture exécutée par Vidéanthrop Inc., Montréal, à contrat avec le Musée canadien des civilisations. La peinture a été réalisée par M. François Girard à l'aide de croquis et d'information technique compilés par M. Marc Laberge et l'auteur.)


Comme pour l'origine culturelle et la descendance des Planussiens moyens de la Période III, l'origine (les origines) des Planussiens récents constitue encore un sujet de controverse. Une opinion répandue veut que les deux traditions archéologiques, appelées Napilwan et Tunaxa, aient donné naissance aux deux cultures différentes qui ont co-habité dans le nord des Prairies (Reeves 1970; 1983). Une modification de cette opinion voudrait que le complexe de Pelican Lake remplace le complexe de McKean (Hanna) à la Période III et partage les prairies avec le complexe de Besant à la Période IV seulement pour être lui-même éventuellement remplacé (Dyck and Morlan : Sous presse). On le déduit, en partie, de l'enregistrement stratigraphique et des données de composantes uniques où les pointes de projectile récentes de Pelican Lake se trouvent en association directe avec des pointes anciennes du style de Besant (e.g. Dyck and Morlan 1995; Van Dyke and Head 1983). On a récemment observé que "...nous commençons à remettre fortement en question l'idée qu'un complexe archéologique, encore moins le regroupement de séries déficientes, puisse être défini par un seul type de pointe" (Dyck and Morlan 1995 : 405). D'autres aspects de l'organisation des Planussiens, notamment les modes d'établissement et de subsistance, démontrent aussi des continuités indubitables entre les complexes de Pelican Lake et de Besant. De telles données favorisent la probabilité du développement d'une seule tradition culturelle. Les arguments visant la contemporanéité des complexes de Pelican Lake et de Besant, à l'exclusion de la transition du premier vers le deuxième, sont vus comme un produit de l'éventail temporel inhérent à la méthode de radiocarbone combinée par des cas de pauvreté du contexte des échantillons et de la contamination (Morlan 1988; Morlan et al. 1996). Dans le plan choisi ici, le complexe de Pelican Lake est égal à la première partie du Planussien récent alors que le complexe de Besant se développe directement du premier. De la même façon, le complexe d'Avonlea à la Période V est considéré comme un développement depuis le Planussien récent (Besant). Dans cette perspective, le Planussien récent est considéré comme le développement d'une seule tradition culturelle dont les ancêtres s'enracinent dans le Planussien moyen à la Période III et dont les descendants représentent le Planussien à la Période V. De nombreux sites stratifiés, notamment Walter Felt (Kehoe 1974), Long Creek (Wettlaufer and Mayer-Oakes 1960), Old Women's Buffalo Jump (Forbis 1962), Head-Smashed-In Buffalo Jump (Reeves 1978; 1983), Garratt (Morgan 1979), and Sjovold (Dyck and Morlan 1995), permettent de croire à une séquence culturelle impliquant une seule tradition. Cependant, il est important de remarquer que ce qu'on considère ici comme le Planussien récent aurait compris, à l'instar de toutes les autres reconstitutions culturelles proposées dans ce tome, plusieurs bandes indépendantes dont les liens les unes avec les autres auraient été graduellement atténués en fonction de la distance.

Le bison a constitué la nourriture animale la plus importante des Planussiens récents, comme ce fut le cas pendant les 12 000 ans de l'histoire pré-européenne qui s'est déroulée dans les plaines. Il y a eu cependant des variations significatives quant aux modes de subsistance eu égard aux saisons et aux régions. La flexibilité d'adaptation est sans doute un prérequis pour les chasseurs mais particulièrement quand il s'agit de plusieurs zones de végétation. Ces dernières comprenaient les prairies, les forêts-parcs, le piémont des montagnes Rocheuses, les zones limitrophes de la forêt boréale et, au début de la Période IV, la forêt des Grands Lacs/Saint-Laurent. De telles zones de végétation, caractérisées par des groupes distincts de plantes, n'entretenaient pas des liens statiques entre elles. Par exemple, les étés plus froids et plus humides comme ceux d'aujourd'hui permettaient aux forêts d'envahir les forêts-parcs et les prairies, un procédé qui s'est stabilisé seulement vers 650 avant J.-C. L'antilope d'Amérique, le cerf de Virginie, le cerf-mulet, l'élan, le mouflon de montagne, la chèvre de montagne, le castor, le petit gibier, le poisson et les racines et les baies variaient en importance par rapport aux zones de végétation et les saisons. La viande aurait fourni la plus grande partie des calories consommées par les Planussiens mais, comme les humains sont incapables d'extraire efficacement la vitamine C de la viande, la vitamine C ou l'acide ascorbique qui constitue un élément essentiel de la nutrition ne pouvait être tirée en grande quantité que des plantes. Diverses baies séchées ou tubercules comme la lewisie reviviscente et le persil sauvage étaient vraisemblablement les sources majeures de cette vitamine essentielle (Aaberg 1983). Pendant toute la Période IV, l'enregistrement des fosses à cuisson, des foyers, des amas de pierres de chauffe, et d'os écrasés indique l'importance grandissante du pemmican (Reeves 1990). Le pemmican était produit en écrasant la viande de bison séchée, en la mélangeant avec le gras extrait des os et de la moelle, et en les emballant dans de grands sacs de vésicule de bison. Même si la production du pemmican était une activité de travail intense, elle fournissait une réserve de nourriture pour la consommation hivernale ainsi qu'une protection contre les déboires de la chasse. Elle aurait aussi servi de nourriture aux chiens qui, servant d'animaux de bât, contribuaient à la mobilité, aspect essentiel de la survie dans les prairies.

Les types de pointes de projectile ont joué un rôle mécanique important pour la reconstitution de l'histoire culturelle dans le nord des plaines et, de ce point de vue, ont été à la fois une bénédiction et une malédiction. Tous les "types", qu'il s'agisse de pointes de projectile, de vases en poterie, ou d'autres catégories d'objets, sont des abstractions sujettes à des limitations inhérentes à la classification et à la précision des auteurs des classifications et, à ce titre, possèdent des éléments de simplicité classificatoire et de subjectivité personnelle. Par conséquent, il y a souvent désaccord entre une pointe désignée pointe de Pelican Lake par un auteur et pointe de Besant par un autre auteur; particulièrement en ce que les tendances des styles de pointe sont généralement continues et se confondent graduellement. Comme une bonne partie de l'interprétation archéologique est fondée sur des objets ramassés en surface ou récupérés de sites dont les dépôts sont mélangés, les types peuvent jouer un rôle important comme repères culturels ou temporels. Cependant, l'usage non critique de la typologie et les classifications non systématiques, sont capables de produire des reconstitutions culturelles qui reposent en fait sur une base fragile. Alors que la plupart des archéologues reconnaissent les dangers inhérents au fait d'établir des cultures sur des types de pointe, de telles cultures caractérisent encore une bonne partie de l'histoire culturelle des prairies. La situation est été davantage agravée par une tendance de se fier aux types de pointes de projectile seulement pour assigner des sites temporellement et culturellement. Une telle procédure ignore souvent ou minimise le reste de la technologie et des autres secteurs de la culture à l'étude, notamment les modes d'établissement et la cosmologie. Le complexe de Pelican Lake, par exemple, est en grande partie fondé sur une grande variété de pointes de projectiles à encoches baso-latérales; un faible béquille pour supporter une culture ou un complexe. Les pointes de projectile sont indubitablement la catégorie la plus importante d'objets uniques chez les Planussiens mais on considère qu'elles devraient aussi être perçues comme un seul élément de l'outillage qui est lui aussi seulement une partie d'une culture définie en archéologie. Les tendances des styles de pointes de projectile au cours de la Période IV impliquent une grande variété de pointes de javelot à encoches baso-latérales qui, tôt dans la série, se modifient en des formes comportant de grosses encoches latérales. Même si c'est une question à débattre, on suggère ici que l'adoption de l'arc et de la flèche a eu lieu au cours de Période IV. Vraisemblablement adoptés des Bouclériens récents de l'ouest depuis l'est ou des ancêtres immédiats de ces derniers, on croit que l'arc est apparu dans les plaines vers 500 avant J.-C. Sauf les pointes de projectile, les outils stylistiquement diagnostiques sont rares, notamment les formes de couteaux bifaciaux ou unifaciaux encochés dans le complexe de Pelican Lake (Davis 1975) et la préférence en même temps pour les grattoirs retouchés sur l'avers. La continuité de l'outillage chez les Planussiens récents et la pauvreté de différences significatives entre les complexes de Pelican Lake et de Besant appuient la perception du développement d'une seule tradition technologique.

L'enregistrement le plus ancien de l'existence de l'arc et de la flèche dans les plaines nous permet de croire qu'ils ont été contemporains du propulseur. Plusieurs des pointes de flèche ont été façonnées sur du chert distinctif de la rivière Knife provenant du Dakota Nord. L'apparition de l'arc et de la flèche comportant des pointes de flèche façonnées à partir d'un type spécifique de pierre a aussi été un modèle plus à l'est chez les GL-St-Laurentiens récents (chert d'Onondaga) et les Bouclériens récents de l'ouest (nodule de chert des basses terres de la baie d'Hudson) et même se trouve à l'ouest des prairies sur le plateau canadien et le sud de la côte de la Columbie-Britannique (basalte vitreux). On estime que l'arc et la flèche ont été introduits dans les plaines vers 500 avant J.-C. Certains archéologues opinent en faveur d'une apparition antérieure vers 2 000 avant J.-C. (Dyck and Morlan 1995 : Tables 3.5 et 26.1). Le problème est que la distinction entre les pointes de flèches et les pointes de javelot n'est pas une mince affaire. Alors que les données métriques peuvent servir à démontrer l'impossibilité d'emmancher certaines pointes à un fût de flèche, certaines pointes, petites et minces, ont pu avoir servi d'armatures aux javelots et aux flèches. Les données métriques n'ont pas été consultées pour identifier la présence de l'arc mais plutôt une série de phénomènes. Ces derniers comprennent l'association initiale fréquente de pointes de flèche avec un type distinctif de pierre, le changement abrupt des caractéristiques métriques des pointes qui permettaient d'emmancher les pointes en pierre dans les fûts en bois, une période plutôt longue d'association entre les pointes de javelot et les pointes de flèche, et le synchronisme de ces événements quant à la direction de l'est vers l'ouest de la route présumée de diffusion de l'arc et de la flèche. Il a été nécessaire de discuter de la typologie des pointes de projectile ainsi que de l'introduction de l'arc et de la flèche car, plus que partout ailleurs au Canada, le style des pointes de projectile a été utilisé pour établir l'histoire culturelle. Les reconstitutions archéologiques de l'histoire pré-européenne des prairies sont donc sujettes à la force et aux limitations des tendances stylistiques des pointes de projectile et de leur pertinence quant à ce qui a vraiment eu lieu dans le passé.

L'adaptabilité des Planussiens récents quant à leurs activités de subsistance se reflète lors du complexe de Pelican Lake pendant l'occupation du site Long Sault situé sur la rivière Rainy en Ontario, dans laquelle l'orignal, le castor, l'esturgeon, le doré et le cotostome noir représentaient les principaux restes de nourriture (Arthurs 1986). Le harponnage de gros esturgeons à partir d'un canot en écorce correspond difficilement à l'image qu'on se fait de la subsistance d'un chasseur planussien mais l'adaptabilité était la base de la survie pour tout peuple de chasseurs et les simples stéréotypes de subsistance résistent rarement à un examen étroit. L'étendue de la mobilité saisonnière des bandes de chasseurs est aussi un sujet difficile à régler en archéologie. Par exemple, les gens de Pelican Lake qui ont occupé la rivière Rainy auraient pu avoir été principalement des chasseurs de bisons qui entreprenaient des expéditions saisonnières vers l'est pour récolter l'esturgeon riche en gras et d'autres ressources tout aussi bien que pour le commerce. Étant donné la proximité des prairies et des forêts-parcs, la mobilité et le caractère portable des embarcations, le rayonnement vers l'est en Ontario d'une exploitation de la part des Planussiens récents n'est pas surprenante, particulièrement en raison d'une longue histoire d'exploitation de zones similaires de ressources dans le sud-est adjacent du Manitoba (Buchner 1979; 1982; 1982a). L'identification du complexe de Pelican Lake au site de Long Sault est fondée sur la similarité de l'outillage des sites du complexe de Pelican Lake dans le sud-est limitrophe du Manitoba (Buchner 1979 : 42-45) et la différence de l'outillage des derniers Bouclériens moyens (Wright 1972; 1995), ainsi que d'autres genres d'enregistrement. En dépit des qualifications précédentes, on ne peut nier que l'importance croissante des techniques communautaires de chasse au bison constitue la caractéristique la plus frappante des Planussiens récents. La croissance de l'abattage en masse des bisons, débutant avec le complexe de Pelican Lake, a été attribuée à la croissance de la population des bisons (Dyck and Morlan : Sous presse). Cependant, l'impression que les camps du complexe de Pelican Lake sont plus nombreux que chez leurs prédécesseurs, reflète probablement la nature pauvrement définie du complexe chez qui presque toute pointe de projectile à encoches baso-latérales détermine son attribution culturelle. La visibilité archéologique croissante de l'abattage en masse des bisons, la destruction et l'enterrement d'un enregistrement archéologique ancien plus dispersé sont aussi des facteurs qui ont pu conduire à une impression erronée d'une augmentation significative des populations au début de la Période IV. De ce point de vue, la spéculation que l'amélioration des méthodes de chasse communautaires et de la production du pemmican a fourni une base économique à la complexité sociale croissante et à l'élaboration des systèmes culturels (Reeves 1990), ne semble pas être entièrement justifiée. Il y avait un regroupement des gens au cours de la Période V mais elle est insuffisante pour suggérer l'établissement ancien d'un système social historique dans le nord des prairies. Ce dernier comprenait de très grands rassemblements de gens, représentant plusieurs bandes, durant la chasse communautaire au bison. L'auto-discipline au nom du bien commun était essentielle durant le processus complexe de manipuler les troupeaux de bisons dans des systèmes de pièges. Le contrôle du comportement individuel devenait alors essentiel. D'autres systèmes sociaux documentés historiquement comportent l'existence d'une différence de statut découlant de la richesse personnelle et de la polygamie. Cependant, ces processus conduisant au modèle documenté historiquement étaient indubitablement graduels plutôt qu'abrupts. Des disruptions culturelles majeures causées par l'introduction du cheval, du fusil, des maladies d'origine européenne et l'échange de comportement traditionnel doivent être considérés quand on se fonde sur la documentation européenne pour interpréter des événements pré-européens.

Étant donné l'étendue géographique occupée par les Planussiens récents, il n'est pas surprenant que certains traits culturels aient eu une distribution inégale. Par exemple, les vases en poterie sont plus communs sur les sites de l'est qui étaient situés plus près des centres de l'est de la diffusion de la poterie. La même situation s'applique quant à la présence des tumulus funéraires du complexe de Besant qui sont restreints au Dakota Sud et Dakota Nord. La variabilité des terres occupées par les Planussiens récents assurait aussi que les modes d'établissement étaient également variables. Alors que les établissements stéréotypés sont représentés par des sites comme les précipices à bisons Head-Smashed-In (Reeves 1978) ou Old Women's (Forbis 1962), de tels sites sont plutôt rares. Presque aussi visibles en archéologie que les impressionnants "précipices" à bisons, se trouvent d'autres sites communautaires "d'abattage" où un grand nombre de bisons étaient achevés dans des enclos, des battues et dans des embuscades naturels tels que des kettles, des rivières et le bord des lacs. La conservation habituellement excellente des os dans les prairies assure que de tels sites, avec leur masse d'os de bisons, sont facilement reconnaissables. Moins évidents sont les anneaux de tentes ensevelis et les petits campements qui auraient été impliqués dans un ensemble d'activités, notamment les réunions dans un grand abri de perches, et la cueillette de baies et de racines. Les anneaux de tente en pierre constituent certainement l'enregistrement le plus généralisé des habitations. Vers 1 000 avant J.-C. de grands camps hivernaux comportant des anneaux de tipi de différentes tailles sont présents. Certains sites spécialisés pouvaient atteindre des dimensions exceptionnelles et posséder une profondeur de temps importante. Par exemple, la carrière Schmitt et le camp associé au Montana (Davis 1987; Leslie B. Davis, Montana State University : Communication personnelle et examen personnel), s'étendaient sur plus de 100 hectares et ont été occupés de façon intermittente pendant 1 000 ans.

Une autre caractéristique des Planussiens récents se voit dans le nombre relativement élevé d'articles exotiques. Tôt à la Période IV, l'obsidienne de Wyoming et les cherts de Montana se retrouvent partout, particulièrement dans les sites situés le plus à l'ouest. Le silex de la rivière Knife du Dakota Nord est particulièrement fréquent dans le complexe de Besant. D'autres matériaux exotiques sont représentés par les perles en coquillages Olivella et Dentalium provenant de la Côte ouest et même le cas d'une lame de hache en jade dans la canyon du Fraser en Colombie-Britannique. Les rares articles en cuivre natif provenaient de la région du lac Supérieur.

On a une faible idée de la cosmologie des Planussiens récents. De l'information de la peinture rupestre de Writing-On-Stone situé dans le sud de l'Alberta, on déduit que ces gens ont été les premiers à utiliser ce site comme un lieu sacré où un chaman ou un individu possédant un pouvoir spirituel pouvait invoquer les pouvoirs surnaturels (Brink 1978). Il y a aussi un enregistrement à l'effet que les Planussiens récents participaient aux cérémonies de mise en place des alignements radiaux qui ont débuté à l'époque des Planussiens moyens (Calder 1977). Un aspect de la cosmologie des Planussiens récents, dont la signification pour toute la culture a été surestimée, a été l'apparition des cérémonies reliées aux tumulus funéraires dans le Dakota Sud et le Dakota Nord (Neuman 1975). Même si l'influence responsable de ces tumulus funéraires s'enracine dans l'Hopewellien à l'est, plusieurs des caractéristiques des tumulus étaient d'origine locale. Les tumulus funéraires n'ont pas été adoptés par la majorité des Planussiens récents et les caractéristiques sont au mieux des phénomènes provenant du bassin de la rivière Missouri. Plus à l'ouest et au nord, à savoir dans le sud de l'Alberta et la Saskatchewan, deux fosses de sépulture contenant des sépultures multiples en faisceaux étaient recouvertes d'ocre rouge et comprenaient une grande variété d'offrandes mortuaires dont des articles exotiques comme des perles en coquillage marin et du cuivre natif. Dans un cas, une tombe était recouverte par un cairn de galets (Brink and Baldwin 1988; Walker 1982). Les deux sépultures précédentes appartenaient dataient du début du Planussien récent et indiquent l'exposition des cadavres sur échafaud avant l'enterrement. En fait, la rareté des sépultures et leur absence vers la fin du Planussien récent, sauf les tumulus funéraires de l'est, indiquent que les pratiques historiquement documentées de laisser des cadavres sur des échafauds, dans des tipis abandonnés, ou de les exposer autrement aux éléments, étaient déjà la façon normale de traiter les restes des défunts.

On a accordé une importance démesurée à l'impact que l'Hopewellien a pu avoir sur la dernière partie du Planussien récent. D'après l'hypothèse d'une occupation du nord des prairies par deux cultures différentes mais contemporaines, le complexe de Besant se propagea dans les plaines depuis l'est aux dépens du complexe local de Pelican Lake. L'explication pour cette propagation vers l'ouest a été : la participation du complexe de Besant dans la sphère d'interaction hopewellienne; le besoin de s'assurer du contrôle économique sur certains ressources précieuses notamment l'obsidienne de Yellowstone au Wyoming, le silex de la rivière Knife du Dakota Nord, et les produits des bisons (Reeves 1970 : 173). L'impérialisme à base économique est un expédient inadéquat pour expliquer les liens entre des sociétés de chasseurs. Il n'y a qu'un enregistrement limité concernant un réseau d'échange entre les communautés hopewelliennes situées à l'est. Au contraire, il y a un enregistrement plus convaincant du commerce des Planussiens récents dans les Montagnes Rocheuses et sur la côte du Pacifique qu'avec ce qui est maintenant le midouest des États-Unis. Les articles des plaines qui ne se retrouvent pas dans le mid-ouest, notamment l'obsidienne et le silex de la rivière Knife, reflètent simplement la continuation des modèles d'échange qui étaient déjà bien établis à la Période III. Évidemment, le commerce probable vers l'est de biens périssables tels que des couvertures et des boucliers en peau de bison est impossible à démontrer. Sans égard à la nature équivoque de cet enregistrement, les archéologues des prairies acceptent encore généralement que le complexe de Besant a résulté de la fusion du complexe précédent de Pelican Lake et des influences du Sylvicole de l'est (Dyck 1983; Kehoe and Kehoe 1968; Reeves 1983).

Un lien dont on saisit encore faiblement la signification a existé entre les Planussiens récents et les Bouclériens récents de l'ouest (Laurelliens) du Bouclier canadien et des environs. Les gens du complexe de Pelican Lake, généralement appelés le complexe de Larter ou phase au Manitoba, occupaient autrefois des grandes zones du sud-ouest de l'Ontario septentrional, le sud-est du Manitoba et le nord du Minnesota mais ont abandonné la région à cause du retrait vers l'ouest des prairies et de ses troupeaux de bison sous l'effet du climat. Le territoire abandonné a éventuellement été réoccupé par les Bouclériens récents de l'ouest qui se propagèrent vers l'ouest jusqu'aux forêts-parcs. Comme les deux cultures ont occupé les mêmes sites dans le sud-est du Manitoba, l'expansion dans cette région suggère qu'il s'agissait d'un phénomène de déplacement forcé plutôt qu'une simple occupation d'un groupe occupant le territoire abandonné par un autre. Les bandes de Bouclériens récents de l'ouest de la région de la rivière Rainy possédaient une organisation sociale relativement complexe et sous cet aspect différaient d'une simple organisation d'une bande comme c'était le cas de leurs parents de l'est, du nord et du nord-ouest. La complexité sociale rehaussée et une plus grande densité de population dans la région de la rivière Rainy doivent beaucoup à la récolte et à l'entreposage du riz sauvage. Comme le sud-est du Manitoba était riche en riz sauvage, ce fait a pu avoir été une motivation importante pour les habitants des forêts de se déplacer vers l'ouest.

Le silex de la rivière Knife du Dakota Nord, aussi appelé calcédoine ou chert, se retrouve souvent dans les sites des Bouclériens récents de l'ouest situé dans la région de la rivière Rainy et les objets des Planussiens récents, notamment les pointes de projectile et probablement la poterie (Kenyon 1971), sont aussi présents. Ce que les Planussiens récents recevaient en retour n'est pas particulièrement évident dans l'enregistrement archéologique et peut avoir impliqué des biens périssables, notamment le riz sauvage desséché et des fourrures. Des quantités mineures de cuivre natif provenaient certainement de l'est. La poterie des Bouclériens récents de l'ouest (Laurelliens) a été identifiée dans des sites planussiens récents (Klimko 1985; MacNeish and Capes 1958; Meyer 1983) mais les vases lisses comportant des bosses et modelés à partir de colombins, sont considérés ici comme un style de poterie des Planussiens locaux.

Sur le flanc ouest du nord des plaines, il n'y a pas d'enregistrement clair des liens qu'ont pu entretenir les Planussiens récents avec les Platéliens récents du plateau canadien ni du piémont des Montagnes Rocheuses au nord de la source de la rivière Athabasca. L'obsidienne provenant de l'intérieur de la Colombie-Britannique est présente, comme le sont occasionnellement des objets caractéristiques du Platélien, mais généralement de tels articles ne sont pas récupérés dans des contextes appropriés pour la datation. Une certaine forme de lien a dû avoir existé comme l'indique la présence de perles en coquillages marins provenant de la côte du Pacifique dans des sites planussiens récents, mais l'ampleur du commerce est à peine connue.

L'enregistrement concernant la biologie humaine est limité aux tumulus funéraires du Dakota Sud et du Dakota Nord (Bass and Phenice 1975) et de structures de sépultures uniques en Saskatchewan et en Alberta (Brink and Baldwin 1988; Walker 1982). Cet enregistrement suggère que les Planussiens récents étaient relativement grands et avaient une musculature bien développée mais souffraient de malaises dus à l'arthrite, la périostite, la mastoïdite et même peut-être de syphilis tertiaire et cardiovasculaire. La santé dentaire était généralement excellente jusqu'à l'âge de 30 ans alors que l'usure excessive des dents entraînait la maladie périodontale et des abcès qui causaient la perte subséquente des dents. Puisque l'inhumation constituait une pratique culturelle en perte de vitesse tôt dans l'histoire des Planussiens récents, l'enregistrement requis pour comprendre les liens génétiques entre les populations et la pathologie va probablement demeurer limité.

Se servir de l'enregistrement archéologique pour en tirer des déductions sur la société constitue toujours un procédé qui risque de créer des scénario impossibles à démontrer. Cependant, comme tous les aspects de la vie, alors et maintenant, possèdent un élément de probabilité, l'hypothèse concernant les façons les plus probables que les sociétés du passé se soient organisées demeure un domaine valide d'enquête archéologique. À l'époque des Planussiens récents, les éléments culturels qui avaient apparu à la Période III précédente, notamment la chasse communautaire au bison et la production du pemmican, ont été élaborés et auraient éventuellement formé le fondement des systèmes culturels observés par les Européens aux 18e et 19e siècles de notre ère. L'ascendance de l'arc et de la flèche sur le propulseur représente une tendance technique qui a eu des conséquences potentielles sur la pratique de la guerre et sur les relations sociales. Durant la Période IV, les systèmes associés à une fiabilité croissante eu égard à la chasse communautaire au bison étaient déjà en place. Ces systèmes comprenaient la formation possible de rassemblements qui, composés de plusieurs bandes ou tribus impliquant un grand nombre d'individus et de chiens, auraient requis une certaine forme de maintien de l'ordre durant les périodes critiques de la chasse. La production étendue du pemmican aurait aussi fourni le fondement économique d'une complexité sociale croissante y compris la différenciation de statut personnel et de richesse.


 
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