Napoléon Bonaparte demeure une figure fascinante et charismatique plus de deux siècles après sa mort.
Celui qu’on surnomme le « Petit Caporal » naît dans la petite noblesse corse mais parvient pourtant à se hisser au sommet de l’État français. Brillant tacticien, il combat pour la République durant la Révolution française. Ses stratégies novatrices lui valent victoire après victoire, lui apportant renommée et prestige. L’autorité militaire grandissante qu’il acquiert lui permet de s’emparer du pouvoir politique et, éventuellement, de se couronner empereur des Français.
Le Musée canadien de l’histoire lui a ainsi consacré deux expositions : « Napoléon et Paris » en 2016-2017 et « Napoléon, l’épopée immersive » en 2026-2027. Nos collections, et celles du Musée canadien de la guerre, renferment une variété d’objets qui témoignent de l’influence politique et culturelle de l’Empereur à l’échelle mondiale, y compris ici, au Canada.
Au-delà des objets remontant à la période napoléonienne, notamment d’une poignée d’armes britanniques mais aussi françaises, quelques pièces d’exceptions ressortent du lot. Voici cinq coups de cœur qui témoignent de la place de Napoléon dans l’histoire du Canada et illustrent une épopée qui, deux-cents ans plus tard, enflamme encore les passions.
Un souvenir de la dernière bataille
Ce tambour est réputé avoir été pris à la bataille de Waterloo. Cette attribution demeure impossible à confirmer, mais elle est plausible. La construction de l’objet – une caisse claire à fût en laiton et cerceaux de bois percés pour accommoder un système de tension par corde – correspond bel et bien aux modèles français de l’époque.
Il a été acquis à Bruxelles à l’été 1926 par le Dr Harold Murchison Tovell, radiologiste issu d’une importante famille torontoise, par ailleurs mari de Ruth Lillian Massey, une cousine de Vincent Massey, futur gouverneur général du Canada.
Tambour français, vers 1810-1815.
Musée canadien de la guerre, 19790679-001.
L’homme au chapeau
Après les guerres napoléoniennes, la figure de Napoléon acquiert une dimension folklorique. Cette sculpture en pied, taillée dans le pin et conservant sa polychromie d’origine, remonte à la première moitié du XIXe siècle. Selon la tradition orale, elle serait l’œuvre de Michael Grace, constructeur de navires à Sackville, Nouveau-Brunswick, et sculpteur à ses heures. Elle aurait autrefois Tingley House, relais de diligence dans la région.
Toutefois, nos dernières recherches n’ont pas permis de confirmer l’identité du sculpteur ni de localiser précisément ce lieu. Un tel objet illustre à la fois la persistance de certaines zones d’ombre dans les collections muséales et l’importance de Napoléon en tant qu’icône de la culture populaire.
Statue de Napoléon, pin polychrome, attribuée à Michael Grace, vers 1815-1850.
Musée canadien de l’histoire, 2007.22.94.
La médaille d’un grand explorateur
Plusieurs combattants de l’armée et de la marine britannique s’établirent, ou séjournèrent, dans les colonies nord-américaines après les guerres napoléoniennes. Parmi les figures les plus célèbres, on compte Sir John Franklin. Né en 1786, il entra très jeune dans la Royal Navy et participa aux grandes opérations de l’époque, dont la bataille de Trafalgar en 1805.
Par la suite, il se distingua à la tête d’expéditions pour cartographier l’Arctique et rechercher le passage du Nord-Ouest. En 1845, il en mena une dernière qui se solda par la disparition de ses navires et sa mort, scellant sa réputation tragique. Cette Naval General Service Medal, ou médaille du service général de la Marine britannique, lui fut décernée à titre posthume, probablement à la demande de sa veuve, Lady Franklin.
Naval General Service Medal, Hunt & Roskell, 1847, Inscription: « SIR JOHN FRANKLIN, LIEUT R.N. »
Musée canadien de la guerre, 19810018-001.
L’Empereur en chanson
Napoléon occupe longtemps une place particulière dans la mémoire des Canadiens français et des Acadiens. Même vaincu, il incarne la grandeur de la France et le rayonnement de sa culture. Son héritage se reflète notamment dans la popularité des prénoms « Napoléon » et « Joséphine », qui persiste jusqu’au milieu du XXe siècle. On le retrouve aussi dans le répertoire de la chanson traditionnelle.
Nos archives contiennent, sous la forme d’enregistrement et de transcription, une douzaine de chansons où l’Empereur est à l’honneur. Celle-ci, par exemple, intitulée « Napoléon à Sainte-Hélène » ou « Du temps que j’étais empereur », fut recueillie par le folkloriste Marius Barbeau auprès de Marie-Ange Dionne (née Breton), de Montréal, en 1918.
« Napoléon à Sainte-Hélène », 1918.
Collection Barbeau, Musée canadien de l’histoire, B-Aw-248.5.
Un célèbre imitateur
On pourrait facilement confondre ce portrait avec celui de Napoléon : la coiffure, la main glissée dans le gilet. Pourtant, il s’agit de Louis-Hippolyte Lafontaine, figure majeure de la vie politique canadienne.
Fier de sa ressemblance avec l’Empereur, Lafontaine la cultivait. Le cadre intellectuel et juridique dans lequel il a évolué – et auquel il a lui-même contribué – a d’ailleurs porté l’empreinte des réformes napoléoniennes.
Après une carrière politique marquante, notamment comme premier ministre de la Province du Canada-Uni, Lafontaine accéda à la fonction de juge en chef du Bas-Canada. L’influence du Code Napoléon sur le Code civil du Québec, adopté en 1865, un an après sa mort, fut déterminante : elle contribua à la préservation du caractère distinct de la province face à la domination politique britannique.
Louis-Hippolyte Lafontaine, par Louis Hébert, plâtre patiné, vers 1882-1897.
Musée canadien de l’histoire, D-2480.
Pour sonder vous-mêmes nos collections, que ce soit en lien avec Napoléon ou tout autre thématique, vous pouvez consulter les catalogues en ligne du Musée canadien de l’histoire et du Musée canadien de la guerre.
Jean-François Lozier
Jean-François Lozier est conservateur, Amérique française, au Musée depuis 2011. Ses recherches portent sur les relations franco-autochtones des années 1600 à 1800, sur la culture matérielle du Canada ancien sous toutes ses formes, ainsi que sur la mémoire et la commémoration de cette époque éloignée.
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