Au cours des années 1980, les matériaux de stockage traditionnels (en cellulose et autres substances) ont été remplacés par du plastique dans les collections du Musée canadien de l’histoire.
On a fait valoir que ce changement présentait de nombreux avantages, comme une meilleure protection des objets contre les insectes, les moisissures et les dégâts d’eau. On était également d’avis que les plastiques pouvaient soutenir et amortir les matériaux de collection à un meilleur prix. Les plastiques ont donc été adoptés avec enthousiasme comme matériaux de stockage par défaut au Musée.
Cependant, au cours de quatre décennies d’utilisation, nous avons constaté que les plastiques se dégradent. Cette dégradation finit par avoir des effets négatifs sur les objets de collection et sur l’environnement. Ces préoccupations ont contrebalancé l’enthousiasme précédent, au point que le Musée cherche maintenant à retirer presque tous les plastiques de ses salles d’entreposage.
Qu’est-ce que le plastique?
Le plastique est un terme général qui désigne les matériaux synthétiques constitués de polymères ou de copolymères, principalement à base d’hydrocarbures. Leurs caractéristiques varient, parce qu’ils sont fabriqués à partir de différentes molécules de base. Divers additifs, comme des pigments, permettent également de modifier ou de colorer les produits.
Les plastiques recommandés pour les besoins de la collection sont ceux qui présentent les meilleures propriétés physiques et chimiques et dont la composition est la plus stable possible. Par conséquent, ils ne sont pas biodégradables. Ils restent cependant vulnérables à la dégradation par des facteurs environnementaux, comme l’oxygène, la chaleur et les rayons ultraviolets. Ces facteurs, combinés à la migration des additifs dans leur structure, contribuent à leur dégradation chimique et physique.
Ce sac en polyéthylène qui s’est fragmenté est un exemple de détérioration.
Image : Musée canadien de l’histoire
Ces dommages se traduisent généralement par du jaunissement. Mais ils peuvent aussi affaiblir le matériau, entrainant un affaissement, une fissuration, un rétrécissement ou une fragmentation partielle ou complète. Lorsque les additifs suintent, les surfaces de plastique peuvent devenir collantes et malodorantes. La dégradation des polymères peut également dégager des fumées acides ou des composés organiques volatils (COV).
Comment le plastique est-il utilisé?
Les plastiques utilisés dans le stockage des collections peuvent être divisés en quatre principaux types d’utilisation. Dans un ou plusieurs de ces cas d’utilisation, la majeure partie de la collection est en contact direct avec du plastique.
Contenants
Les contenants, comme les boites, les bacs, les sacs ou les sachets permettent de stocker les objets et d’éviter les manipulations inutiles. Les contenants permettent d’optimiser l’espace de stockage par empilement (boites Schaeffer, par exemple). Ils permettent aussi de protéger les objets des effets de la condensation, des insectes, de la poussière, de la lumière et de la manipulation. Enfin, les contenants en plastique permettent d’isoler et de contenir les pesticides ou les moisissures.
Interfaces
Les interfaces sont des épaisseurs qui séparent les objets des étagères, des tiroirs, des boites et des supports. Elles réduisent le frottement entre les différentes parties d’un objet ou entre un objet et son support ou son contenant. Les interfaces réduisent ou empêchent le glissement sur les surfaces lisses, comme les étagères ou l’intérieur des contenants. Elles créent parfois une barrière contre la libération de COV, par exemple entre un objet et une surface en bois. Elles peuvent aussi contribuer à prévenir les rayures sur les étagères en métal peint, réduisant ainsi le risque de corrosion.
Supports
Les supports peuvent être rigides ou semi-rigides, sculptés, tubulaires, rembourrés ou matelassés. Les supports ont souvent les rôles suivants :
- maintenir la forme des objets;
- soutenir les pièces flexibles ou fragiles;
- soulager les points de pression;
- mieux répartir le poids d’un objet;
- réduire les plis dans les matériaux souples, comme les textiles, les vêtements en cuir et les paniers.
Les supports permettent de limiter les manipulations directes et de transporter certains objets de façon plus sécuritaire.
Films de protection
Les films de protection peuvent être souples ou semi-rigides. Ils protègent les objets contre la poussière, les dégâts des eaux et les insectes. Ils permettent de contenir et de limiter la propagation des pesticides ou des moisissures. Les films protègent également les composants plus délicats ou plus légers contre les manipulations inutiles.
Une solution créative pour remplacer certains plastiques dans le stockage des embarcations.
Image : Musée canadien de l’histoire
Quels sont les effets du plastique?
La dégradation des polymères peut présenter des risques physiques pour les objets de la collection, notamment :
- la rupture ou la déformation résultant d’un support dégradé;
- la dissociation (perte de composants ou mélange avec d’autres échantillons);
- la contamination mécanique due à la fragmentation du polymère.
Le risque de contamination chimique est également courant et pernicieux. Il peut modifier l’aspect physique d’un objet par décoloration ou le tacher. Il peut également créer des surfaces collantes, des problèmes d’adhérence et des odeurs. Les émissions acides ou la migration d’additifs risquent aussi d’endommager les objets, en provoquant par exemple la corrosion des métaux ou la dégradation du papier.
La contamination peut être causée par la libération de COV provenant de polymères neufs ou dégradés. De plus, l’entreposage dans un contenant en plastique peut piéger les COV émis par les matériaux qui y sont stockés. Combinés à ceux libérés par le contenant lui-même, ces gaz peuvent détériorer l’objet de façon exponentielle.
La présence de microfragments causés par la migration d’additifs ou le dégagement de COV peut également nuire à l’étude de la collection, car ces substances peuvent corrompre les résultats d’analyse.
La contamination chimique est souvent invisible. Lorsque les effets sont visibles, il est parfois trop tard pour remédier aux dommages.
Ce support en plastique s’est fragmenté et décoloré. Il a également provoqué la corrosion de l’objet métallique qu’il touchait.
Image : Musée canadien de l’histoire
Quelles sont les solutions de rechange au plastique?
Paradoxalement, les matériaux les plus utilisés aujourd’hui pour remplacer les plastiques sont essentiellement ceux qui ont été mis de côté dans les années 1980.
Malheureusement, la contamination de ces matériaux par des pesticides ou des moisissures reste un problème. De plus, l’acidification progressive de certains produits en papier et en carton peut quand même entrainer la détérioration des matériaux de collection.
Les matériaux traditionnels ne présentent pas non plus d’avantage environnemental sûr. Certains ont une empreinte carbone équivalente, voire supérieure, à celle des plastiques. La production, la transformation et la distribution de matériaux comme le carton, le papier ou le coton exigent de l’eau, de l’énergie et des produits chimiques. Cependant, ces matériaux nous semblent plus acceptables aujourd’hui, puisqu’ils sont théoriquement recyclables ou compostables.
La meilleure solution de rechange à l’utilisation du plastique semble être de ne rien utiliser lorsque c’est possible. Mais qu’en est-il, par exemple, de la protection des objets dans une chambre froide ou de la prévention de la propagation des moisissures? Comment le Musée peut-il contenir des pesticides sans utiliser de plastique?
L’élimination des plastiques dans l’entreposage muséal est-elle une bonne idée?
Éliminer l’utilisation de plastiques pour l’entreposage des objets de collection est, tout compte fait, non seulement une approche « verte », mais aussi une mesure de préservation. Après tout, les plastiques neufs ou détériorés peuvent avoir des effets néfastes sur les objets.
Mais pour certaines utilisations, les avantages du plastique sont indéniables. Il est donc nécessaire de peser soigneusement les avantages et les limites des matériaux de remplacement. Il n’est peut-être pas toujours idéal d’éliminer ou de remplacer complètement les plastiques dans nos salles d’entreposage.
L’exploration de cet aspect fondamental de la conservation exige l’utilisation du bon sens, de la créativité, de la collaboration et l’art du compromis. La curiosité face aux nouveaux matériaux, aux nouvelles techniques et à la recherche est nécessaire pour trouver des solutions innovantes à un cout raisonnable. L’intérêt de notre profession réside dans l’utilisation de ces nombreuses compétences et dans la recherche d’un équilibre pour trouver la solution optimale pour chaque cas.
Le présent article résume une étude complète de 2021 sur les risques associés à l’utilisation de plastiques pour l’entreposage des collections au Musée canadien de l’histoire.
Caroline Marchand
Détentrice d’un Master en Conservation et Restauration des biens culturels et un Master en Archéologie Historique - aspects de conservation décernés par l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Caroline Marchand est spécialisée dans le traitement des objets tri-dimensionnels. En plus de toutes les étapes de préservation pour la préparation des expositions, prêts ou acquisitions Caroline est aussi activement impliquée dans les activités de conservation liées au rapatriement et dans le support aux centres culturels des communautés.