Musée virtuel de la Nouvelle France

Les explorateurs

Daniel Greysolon Dulhut 1678-1679

Militaire de carrière, Daniel Greysolon Dulhut naît vers 1636 à Saint-Germain-de-Laval, près de Lyon. Fils de Claude Greysolon et de Marie Patron, il appartient à la noblesse française. Dans un document qu’il a écrit, il laisse entendre qu’il est venu en Nouvelle-France à deux reprises avant de venir s’y établir.

En 1673, le gendarme de la Garde est en France. Écuyer de la suite du marquis de Lassay, il participe à la campagne militaire de Franche-Comté. Ayant survécu à l’importante bataille de Seneffe (Belgique, 11 août 1674), il fait ses bagages et part pour la Nouvelle-France. Son oncle, le marchand Jean-Jacques Patron, ainsi que son frère Claude Greysolon de La Tourette, le suivront bientôt. Le premier financera sans doute les premières expéditions de son neveu. Le second, né en 1660, participera à la deuxième campagne de son frère.

Itinéraire

Dulhut 1678-1679
Dulhut 1678-1679

Les fourrures de l’Ouest

Daniel Greysolon Dulhut débarque à Québec vers la fin de l’année 1674. Il n’a alors ni fonction ni mission officielle apparente ni relations politiques connues. Établi à Montréal au début de l’été 1675, il loue d’abord une maison meublée mais on lui construit plus tard une maison en pierre Les actes notariés enregistrés au cours des trois années suivantes indiquent qu’il a vécu en dilettante et noué des relations avec les principales familles de la ville.

Dans un document adressé au ministre Seigneley en 1682, Dulhut affirme qu’à son arrivée dans la colonie, il était déjà préoccupé par les conflits franco-iroquois qui entravaient la bonne marche du commerce nord-sud des fourrures. Ayant observé la situation, il avait conclu qu’il était urgent, pour la Nouvelle-France, d’établir des relations commerciales avec les tribus vivant à l’ouest des Grands Lacs.

Le voyage secret

Le 1er septembre 1678, Daniel Greysolon Dulhut, sept Français et trois esclaves qui lui ont été offerts, quittent secrètement Montréal à destination du lac Supérieur. Le groupe emprunte la rivière Outaouais jusqu’au lac Huron. Il va «cabaner» à l’entrée du lac, un peu dépassé le Sault Sainte-Marie. Son objectif, écrira Dulhut en 1682, est d’amener les Sauteux à «faire la paix avec toutes les nations du tour du lac Supérieur, qui vivent sous la domination de notre invincible monarque.»

Pourquoi Dulhut doit-il se charger secrètement d’une mission d’intérêt collectif? Trois motifs peuvent dicter cette discrétion. D’une part, une ordonnance royale du 15 avril 1676, interdisant à quiconque «d’aller à la traite des pelleteries dans les habitations des Indiens», est toujours en vigueur. D’autre part, il est probable que le gouverneur Louis de Buade de Frontenac soutienne l’entreprise sans pouvoir le dire publiquement. Enfin, Dulhut part 14 jours avant le retour de Robert Cavelier de La Salle dans la colonie. Officiellement protégé par le gouverneur, ce dernier détient un privilège d’exclusivité. En effet, il doit être le seul Français à explorer la partie ouest de l’Amérique du Nord comprise entre la Nouvelle-France, la Floride et le Mexique.

La paix de Dulhut

Les négociations entre Dulhut et le chef des Sauteux, ses premiers interlocuteurs, débutent le 15 décembre 1678. Elles s’achèvent sur la promesse de participer à une rencontre de paix avec les Sioux, qui dominent la totalité du lac Supérieur et sa vallée. Dulhut consacre vraisemblablement le reste de l’hiver à troquer de la pacotille contre des fourrures. Au cours de l’été 1679, il chemine vers l’extrémité ouest du lac, prenant possession des lieux où il s’arrête. Explorant les villages sioux disséminés dans la région du lac Buade (Mille-Lacs), il se rend peut-être jusqu’aux chutes Saint-Antoine (Minneapolis, Wisconsin).

Le 15 septembre, les représentants des deux nations se retrouvent sur le site de l’actuelle ville de Dulhut (Minnesota). La paix doit être durable et l’alliance avec les Français assez forte pour que Sioux et Sauteux réservent la totalité de leurs fourrures aux Français. «Je crus,» écrit Dulhut, «ne mieux pouvoir cimenter (l’alliance) qu’en faisant des mariages réciproques des nations les unes avec les autres, ce que je ne pus exécuter sans beaucoup de dépense.». Au cours des mois qui suivent, Dulhut charme ses alliés grâce à «une grande dépense de présents», des excursions de chasse et des festivités communes.

Le sauvetage de Louis Hennepin

Les entretiens de Daniel Greysolon Dulhut avec des Autochtones du lac Supérieur l’ont instruit sur l’existence de la mer de l’Ouest ou mer Vermeille. Des compagnons de Dulhut ont vu du sel provenant de cette mer située à une vingtaine de jours de distance du lac Supérieur.

Dulhut veut trouver cette mer qui serait, en fait, le lac Salé (Salt Lake, Utah). Il part donc, au printemps 1680, avec deux canots et cinq hommes. Le 25 juin, ayant atteint le Mississippi par la rivière Sainte-Croix, l’explorateur apprend que trois compagnons de Cavelier de La Salle, soit le récollet Louis Hennepin et «deux autres français, avaient été volés et menés en esclave» par les Sioux.

La recherche du Pacifique tourne court. Dulhut et ses compagnons descendent le Mississippi en direction sud, jusqu’aux environs de la rivière Wisconsin. Dulhut ramène Hennepin et ses compagnons à Michillimakinac. L’itinéraire qu’il emprunte est incertain, mais certains croient à la logique d’un retour vers l’est par les rivières Wisconsin et aux Renards, puis par la baie Verte, où se trouvait la Mission Saint-François-Xavier, et enfin par le nord du lac Michigan.

L’éclipse

Dulhut est à Michillimakinac quand il apprend qu’il est l’objet de calomnies à Québec et à Montréal. Les commerçants sont frustrés par l’ascendant personnel qu’il a acquis dans l’ouest, et l’intendant Jacques Duchesneau n’hésite pas à l’accuser de commercer avec les Anglais et d’être le chef des traiteurs qui refusent de se soumettre à l’ordonnance de 1676.

Il quitte donc Michillimakinac le 29 mars 1681 pour se rendre à Québec. Alors que Duchesneau refuse de le recevoir et d’entendre ses explications, Frontenac le protège et l’incite à se rendre en France pour y plaider sa cause et demander que lui soit accordée la propriété d’un poste qu’il établirait sur le lac Supérieur. Parti à l’automne 1681, il revient un an plus tard. Il n’a pas obtenu ce qu’il demandait et Cavelier de La Salle a profité de son absence pour noircir sa réputation. Quant à sa carrière d’explorateur, elle ne peut guère progresser : Louis XIV vient tout juste d’exprimer des doutes sur la valeur des explorations sur le continent et il veut les restreindre à celles commencées par «le sieur De la Salle jusqu’à l’embouchure de ladite rivière de Mississippi»

Le stratège militaire

En 1683, sachant déjà qu’il ne jouira jamais du titre de seigneur du lac Supérieur, Daniel Greysolon Dulhut accepte de reprendre son rôle de pacificateur dans cette région. Fort d’un mandat de trois ans octroyé par le gouverneur Le Febvre de La Barre, Dulhut quitte Montréal au mois d’avril 1683. Sa mission s’insère dans la stratégie globale de La Barre. Tout en voulant faire la paix avec les Iroquois, celui-ci veut renforcer l’alliance des Français et des tribus de l’ouest. Il veut également convaincre les Sauteux, les Sioux et les tribus du nord, de ne pas vendre leurs fourrures aux Anglais, qu’ils viennent de l’est ou de la baie d’Hudson.

Sous l’ambassadeur, c’est le militaire qui renaît. Pour empêcher les ennemis de la Nouvelle-France d’atteindre le Michigan, il fait fortifier Michillimakinac. Du côté du lac Supérieur, la construction des forts Kaministiquia (fort Williams), La Manne et La Tourette, vient bloquer l’accès au lac Nipigon, à la rivière Albany et à la baie d’Hudson. En 1686, sur les ordres de Jacques Brisay de Denonville, successeur de La Barre, il se déplace vers le détroit qui relie les lacs Érié et Huron et il y fait ériger le fort Saint-Joseph.

Le brave soldat

Jusqu’au printemps 1689, année où il est rappelé dans la colonie, Daniel Greysolon Dulhut s’acquitte de la tâche qui consiste à veiller à ce que l’autorité de la Nouvelle-France sur les Grands Lacs ne soit pas disputée. Par la suite, à l’exception d’un fait d’armes contre les Iroquois au lac des Deux-Montagnes et d’un séjour de quelques mois au fort Frontenac en 1695, il mène une existence tranquille à Montréal.

Malade de la goutte depuis plusieurs années, il meurt dans cette ville, dans la nuit du 24 au 25 février 1710, en léguant une partie de sa fortune à la famille du tanneur Charles Delaunay qui en prenait soin. Sa réputation d’honnête homme et de brave soldat n’a jamais été démentie.