Musée virtuel de la Nouvelle France

Les explorateurs

Jean de Quen 1647

Né vers 1603 à Amiens, en Picardie, Jean de Quen est âgé d’environ 17 ans quand il entre chez les Jésuites. Désigné pour être missionnaire en Nouvelle-France, il débarque à Québec le 17 août 1635, quatre mois avant le décès de Samuel de Champlain. Explorateur malgré lui, Jean de Quen est le premier Européen à s’être rendu jusqu’au lac Piékouagami (lac Saint-Jean).

Itinéraire

DeQuen 1647

De la mission de Sillery à celle de Tadoussac

Dès son arrivée, Jean de Quen enseigne au collège de Québec, « petite école » ouverte l’année même pour recevoir les garçons français et amérindiens. En 1637, il est à la mission de Sillery, destinée à convertir, instruire et sédentariser les Autochtones. Un peu plus tard, il revient à Québec où il partage son temps entre la paroisse Notre-Dame-de-la-Recouvrance et le collège. Après l’incendie de 1640 qui détruisit l’école, la chapelle et la résidence des Jésuites, il reprend du service à Sillery avant de se diriger vers le poste des Trois-Rivières, où il participe à la création d’une autre mission. Au cours de l’été 1642, il se consacre à l’évangélisation des Montagnais de Tadoussac où il demeurera une dizaine d’années à titre d’animateur principal de la mission.

Le pays de la nation du Porc-Épic

Depuis le tournant du 17e siècle, au moins, Tadoussac est un lieu de traite qui attire aussi bien les Amérindiens de la côte nord que ceux de la Gaspésie ou du lac Saint-Jean. Vraisemblablement à l’aise parmi les Autochtones, Jean de Quen se mérite leur confiance, en particulier celle des habitants du Saguenay.

Qu’il s’agisse des Français, des Basques ou des Anglais, personne n’a encore officiellement exploré le Saguenay sur toute sa longueur. Personne n’a vu le grand lac qui figure pourtant sur une carte réalisée en 1544 par le géographe Jean Alfonse. De Quen va réussir l’exploit de s’y faire conduire par les gens de cette contrée qui, comme le souligne Victor Tremblay, « évitaient de faire connaître aux Blancs […] le lac Saint-Jean et la route pour pénétrer dans l’intérieur du Saguenay. »

Rien n’indique que le Jésuite ait jamais souhaité ce voyage. Il aurait simplement exprimé le désir de se rendre auprès de membres de la nation du Porc-Épic que la maladie empêchait de venir à Tadoussac. Il quitte la mission de Tadoussac le 11 juillet à bord d’un petit canot d’écorce.

« Cinq jours durant, racontera-t-il dans un texte consigné quelques mois plus tard dans Les Relations des Jésuites, depuis le point du jour jusqu’à soleil couché, ramans toûjours contre des courants, où contre des torrens […] nous avons rencontré en ce voyage dix sauts ou dix portages, c’est à dire que nous nous sommes désembarquez dix fois pour passer d’une riviere a une autre partie du fleuve plus navigable. »

Le grand lac Piékouagami

L’itinéraire suivi par Jean de Quen et ses guides est ainsi résumé par Victor Tremblay : ils ont remonté le Saguenay jusqu’à Chicoutimi, emprunté la rivière du même nom jusqu’aux lacs Kenogami et Kénogamishish. Ensuite, le groupe serait entré dans le lac Saint-Jean par la Belle-Rivière, cours d’eau dont le missionnaire ne parle pas.

En revanche, il décrit le lac qu’il doit traverser jusqu’à l’embouchure de la rivière Metabetchouan où campent les Porcs-Épics :

« Ce lac est si grand qu’à peine en voit-on les rives, il semble estre d’une figure ronde, il est profond & fort poissonneux, on y pesche des brochets, des perches, des saumons, des truites, des poissons dorés, des poissons blancs, des carpes & quantité d’autres espèces.

Il es environné d’un plat pays, terminé par de hautes montaignes éloignées de 3. Ou quatre ou cinq lieuës de ses rives, il se nourrit des eaux d’une quinzaine de rivieres ou environ, qui servent de chemin aux petites nations, qui sont dans les terres pour venir pescher dans ce lac & pour entretenir le commerce & l’amitié qu’elles ont par entr’elles. Nous voyagasmes quelque tempss sur ce lac, & enfin nous arrivasmes aulieu où estoient les Sauvages de la nation du Porc-Epic. Ces bonnes gens nous ayans apperceus, sortirent de leurs cabanes, pour voir le premier François qui ait jamais mis le pied dessus leurs terres. »

À l’ombre des missions

À deux reprises au moins, Jean de Quen retourne sur les rives du grand lac Piékouagami. En 1652, il fonde la mission de Metabetchouan et donne au lac son toponyme français. Vingt ans plus tard, une note du père François de Crespeuil montre que ce dernier ne connaissait pas le toponyme : « Ce lac que les Sauvages appellent Piegouagami et que nous avons nommé le lac de Saint-Jean, fait le pays de la nation du Porc-Épic […] »

La mission de Tadoussac étant active au cours de l’été seulement, Jean de Quen se consacrait également à la mission de Sillery et au soutien des colons disséminés sur la côte de Beaupré. Nommé supérieur des missions jésuites de la Nouvelle-France en 1656, Jean de Quen est décédé au mois d’octobre 1659 : « Le 1. Le P. Jean de Quen s’alita, & le 8. Il mourut de ces fièvres contagieuses qu’avait apportées le dernier vaisseau […]. Le 9. fut enterré le P. de Quen au matin. »